Le cinéaste japonais Yoshitoshi Shinomiya consacre son nouveau documentaire, Une aube nouvelle, à la reconstruction d'un temple bouddhiste par son père, maître charpentier. Le film, qui a été présenté en avant-première à Paris, explore les liens entre artisanat, tradition et filiation.
Un chantier hors normes
Pendant plusieurs années, Shinomiya a suivi son père, Takashi, âgé de 72 ans, sur le chantier de reconstruction d'un temple dans la région de Nara. Ce projet, qui mobilise une équipe de charpentiers traditionnels, vise à remplacer une structure vieille de 300 ans, endommagée par les intempéries. Le documentaire montre les techniques ancestrales de l'assemblage du bois, sans clous ni vis, transmises de génération en génération.
Le réalisateur explique avoir voulu « capturer la beauté du geste et la patience de l'artisan ». Il ajoute : « Mon père n'a jamais parlé de son travail à la maison. Ce film a été pour moi une façon de comprendre qui il est vraiment. » Ces propos, rapportés lors d'une rencontre avec la presse, soulignent l'intimité du projet.
Une transmission en péril
Le film aborde également la question de la relève. Au Japon, le nombre de charpentiers traditionnels a chuté de 30 % en vingt ans, selon les chiffres cités par le réalisateur. Face à ce déclin, Takashi Shinomiya a accepté de prendre un apprenti, âgé de 25 ans, qui apparaît dans le film. Le documentaire suit les difficultés de cet apprenti à maîtriser des techniques exigeantes, mais aussi la fierté du maître lorsqu'il réussit enfin un assemblage complexe.
Yoshitoshi Shinomiya, connu pour ses précédents travaux sur le patrimoine, a tourné pendant trois ans. Il a utilisé une caméra 16 mm pour « donner une texture organique aux images », comme il le confie. Le résultat est un film contemplatif, rythmé par les saisons et le bruit des outils.
Un hommage personnel
Au-delà du documentaire patrimonial, Une aube nouvelle est un hommage filial. Le cinéaste confie : « À travers ce chantier, j'ai découvert un homme que je ne connaissais pas, et j'ai appris à l'aimer autrement. » Le film se conclut sur la cérémonie de consécration du temple, où le père et le fils se tiennent côte à côte, sans un mot, mais unis par la même fierté.
Le long-métrage, qui a reçu un accueil chaleureux lors de sa projection parisienne, devrait sortir en salles au Japon en 2026. En France, une distribution est en cours de discussion, selon les producteurs. En attendant, le film sera présenté dans plusieurs festivals internationaux, notamment à Berlin et à Busan.



