Laurent Stocker livre une performance glaçante dans 'La Maman du bourreau'
Dire que Laurent Stocker met mal à l'aise dans La Maman du bourreau de Gabriel Aghion reste en deçà de la réalité. Le comédien apporte un naturel glaçant à un personnage de prêtre dont la mère, interprétée par Marie-Christine Barrault, finit par devoir admettre les crimes commis par son fils chéri.
Un rôle marquant pour dénoncer les crimes dans l'Église
« Je ne me reconnais pas dans ce prêtre-là mais je me reconnais dans le fait d'être un peu son avocat. Même le pire monstre a besoin d'un avocat », explique Laurent Stocker d'une voix enrouée par la bronchite, un timbre qu'il définit délicieusement comme étant « entre Barry White et Jeanne Moreau ». Jouer un prêtre pédocriminel permet selon lui de le dénoncer et de faire parler de ce qui s'est passé dans l'Église.
Cette adaptation du livre Je suis la maman du bourreau de David Lelait-Helo, disponible chez Pocket, doit beaucoup à sa performance subtile face à Marie-Christine Barrault, impeccable dans le rôle-titre. « J'ai joué Hitler pendant deux ans sur scène dans La Résistible Ascension d'Arturo Ui de Bertolt Brecht. Ce sont des rôles qui marquent », confie le comédien qui a également interprété un faux Xavier Dupont de Ligonnès dans Les Pistolets en plastique de Jean-Christophe Meurisse.
Un coupable dans le déni total
Le personnage qu'il incarne dans La Maman du bourreau est particulièrement repoussant. Ce prélat onctueux à souhait est d'autant plus abject qu'il refuse catégoriquement de se remettre en question ou d'admettre le mal qu'il a pu faire, allant jusqu'à insulter l'une de ses victimes devenue adulte.
« Il reste sur ses idées comme certains coupables qui finissent par se persuader qu'ils n'ont rien fait parce qu'ils ont tellement inconsciemment refoulé leurs actes qu'ils finissent par se croire innocents », analyse le comédien. Sans jamais chercher à excuser le comportement de son personnage, il accomplit le tour de force de lui conférer une certaine humanité.
Une atmosphère détendue sur un plateau grave
Pour autant, Laurent Stocker ne se laisse pas happer par ses compositions sombres. « Je ne suis pas de l'école américaine Actors Studio, insiste-t-il. Je n'ai pas besoin de courir dans la vie pour être essoufflé à l'écran, mais il faut reconnaître que ce ne sont pas des rôles marrants à faire ».
D'où l'atmosphère détendue qui régnait sur le plateau. « On est sur un sujet tellement grave et tellement difficile qu'entre les prises, on rigole », explique le comédien. C'est aussi compréhensible que difficile à imaginer devant l'intensité de cette fiction, disponible sur la plateforme France Télévision et diffusée sur France 2 ce mercredi à 21 heures 10.



