Le film « Notre Salut », réalisé par Emmanuel Marre et porté par Swann Arlaud, sort en salles ce mercredi. Primé du prix du scénario lors du dernier Festival de Cannes, ce long-métrage plonge au cœur de la banalité de la machine administrative de Vichy. Une œuvre magistrale, saluée par la critique, qui reçoit la note de 5/5.
Un récit intime ancré dans l'histoire familiale
Emmanuel Marre signe ici un film profondément personnel. Le « héros » du récit, Henri Marre, n'est autre que son arrière-grand-père, ancien fonctionnaire de Vichy. Ce choix narratif témoigne d'une certaine distance du réalisateur avec sa propre histoire. Incarné par Swann Arlaud, Henri Marre est un homme qui cherche à se faire une place dans la France de 1940. Il traîne avec lui son livre, « Notre Salut », un ouvrage politique censé redresser un pays affaibli par la débâcle face à l'Allemagne nazie.
Pas forcément sympathisant de l'idéologie pétainiste, Henri Marre veut surtout se refaire une santé financière, lui qui n'a plus un sou après des magouilles douteuses. Il laisse femme et enfants à Paris pour monter en grade à Vichy, où il intègre le ministère du Travail. Le film suit son ascension et dévoile la veulerie du régime de Vichy. Sous prétexte de protéger une certaine France, le régime se compromet avec l'occupant et tombe dans la collaboration à tous les niveaux : moral, éthique, physique et financier.
La banalité du mal et la collaboration administrative
Le film montre comment, petit à petit, tout devient acceptable, même l'innommable : livrer des Juifs. Cette participation à la Shoah bureaucratique se cache dans les détails les plus sordides. Ainsi, Henri Marre se retrouve obligé de sanctionner un de ses employés. Ce dernier a eu l'outrecuidance d'acheter, sur les deniers du ministère, de la paille et des pots de chambre pour les wagons à bestiaux. Ces wagons servent à convoyer les populations juives à l'Est, et l'employé voulait rendre leur trajet plus acceptable.
Ce détail révèle toute l'horreur de la machine administrative. « Notre Salut » traite également du STO et de la bascule radicale d'une frange nationaliste des fonctionnaires du pays. Emmanuel Marre n'occulte rien et propose une mise en scène moderne, avec des moments anachroniques suspendus et inattendus. Par exemple, des images d'archives de la visite du maréchal Pétain à Limoges sont ambiancées par la chanson « Live Is Life » d'Opus. Un décalage saisissant, tout comme la scène d'introduction façon « Paris Dernière » de Thierry Ardisson, qui contraste avec la gravité de la situation.
Un film nécessaire et cathartique
« Notre Salut » est un film intelligent, nécessaire, fascinant et sans doute cathartique pour son réalisateur. Emmanuel Marre a pu, ainsi, exorciser ses démons et mettre en exergue une certaine lâcheté propre à de nombreux fonctionnaires vichystes. La plus grande force du film est de démontrer que la collaboration était surtout exercée par des hommes ordinaires, banals, quelconques. Une machine administrative morbide dont la banalité des petites mains aux manettes est l'illustration la plus cruelle.
Certains critiques n'hésitent pas à qualifier ce long-métrage de plus abouti sur la collaboration. Il s'inscrit dans une dynamique du cinéma français qui scrute l'histoire nationale, y compris dans ses zones les plus sombres. Après « Les Rayons et les ombres » de Xavier Giannoli et le diptyque d'Antonin Baudry sur Charles de Gaulle, « Notre Salut » poursuit ce devoir de mémoire, nécessaire compte tenu de l'actualité sociale et politique du pays.
Avec Swann Arlaud et Sandrine Blancke, ce drame historique de 2 h 33 est réalisé par Emmanuel Marre. Le film est actuellement en salles.