Six reproductions géantes d'œuvres majeures, issues des collections du Getty Museum de Los Angeles, sont actuellement accrochées sur les façades d'immeubles parisiens. La plus spectaculaire, une nature morte de Paul Cézanne, occupe 600 m² d'échafaudages, place Michel Debré, dans le 6e arrondissement. Cette opération, intitulée « L'art dans la ville », est financée intégralement par la fondation du Getty Museum et menée par deux Français, David-Hervé Boutin et Alexis Mancel.
Un accrochage spectaculaire rue du Louvre
Sur la façade d'un immeuble rue du Louvre, trois cordistes appliquent méticuleusement des panneaux autocollants de 1 x 1 mètre pour reconstituer, tel un puzzle, le tableau « Jeanne » d'Édouard Manet. Les passants s'arrêtent, photographient la scène, et certains scannent le QR code géant apposé sous l'œuvre de 250 m². Ce code renvoie vers le site du Getty Museum, qui présente des informations sur le tableau original, peint en 1881 et acquis par l'institution californienne en 2014.
Cette initiative n'est pas une première. Elle succède à un accrochage réalisé en partenariat avec le Musée d'Art Moderne de Paris. L'entreprise, fondée il y a dix ans par David-Hervé Boutin et Alexis Mancel, se présente comme une « régie artistique » proposant aux annonceurs un support de communication original. « On est devenus des pros pour débusquer les façades sur lesquelles il est possible d'accrocher des œuvres », explique Alexis Mancel à 20 Minutes. « Et les villes avec lesquelles on travaille nous encouragent dans nos démarches », ajoute David-Hervé Boutin.
Un concept qui séduit les marques
L'exposition actuelle, qui dure deux mois, n'est pas la première du genre. Durant les Jeux olympiques de 2024, L'art dans la ville avait convaincu Samsung, partenaire des JO de Paris, d'accrocher des photos géantes de Raymond Depardon à Paris et en Seine-Saint-Denis. Ces clichés, réalisés lors des Jeux de Tokyo, Mexico, Munich et Montréal entre 1964 et 1976, avaient été exposés du 24 juin au 24 septembre 2024 sous le titre « Instants des Jeux ». Chaque QR code renvoyait vers un film de Simon Depardon, fils du photographe.
D'autres annonceurs ont adhéré au concept, comme Ikea, La Caisse des Dépôts, Valentino, Apple, Louis Vuitton, ou encore Jonak Paris, pour qui l'artiste Hom Nguyen avait réalisé une fresque en hommage à la femme, rue Poissonnière. « Nous travaillons soit avec des œuvres existantes, soit avec des œuvres sur-mesure », précisent les fondateurs. Selon David-Hervé Boutin, ce format permet aux marques de « prendre la parole de façon originale dans la ville pour un budget 80 % inférieur à celui pratiqué pour apposer des publicités géantes lors de travaux sur des bâtiments comme actuellement l'Opéra Garnier ».
Un impact culturel et économique
Chaque opération est « très complexe à monter », confie David-Hervé Boutin. « Il faut connaître l'écosystème local, les milieux artistiques et culturels, comprendre les marques et leur parler comme des traducteurs interprètes ». Outre la visibilité, chaque œuvre accrochée à Paris bénéficie, selon son emplacement, de 1 à 1,5 million de vues mensuelles. L'opération actuelle avec le Getty Museum sera également l'occasion d'ateliers pédagogiques pour les scolaires, organisés par Le Musée en herbe. Une première pour le Getty, qui pourrait renouveler ce type d'opération en France et à l'étranger.
Les murs utilisés sont loués à des copropriétés, avec un bail de plusieurs mois qui leur permet de financer entre 5 % et 20 % de leurs ravalements. « C'est gagnant-gagnant », s'enthousiasment les deux associés, qui réalisent une trentaine d'opérations chaque année. Les prochains accrochages sont prévus à Milan, Lyon et Monaco. Les six œuvres actuellement exposées à Paris sont : « Jeune homme à sa fenêtre » de Caillebotte (75, rue d'Auteuil), « Les Iris » de Van Gogh (142, Faubourg Saint-Martin), « Portrait de Joseph Roulin » de Van Gogh (2, rue du Renard), « Jeanne » de Manet (13, rue du Louvre), « Le Printemps » d'Alma Taneda (4, rue Saint-Séverin) et « Nature morte aux pommes » de Cézanne (2, place Michel Debré).