Netflix : le documentaire "La dérive" sur le naufrage du Costa Concordia
Netflix : "La dérive", documentaire sur le Costa Concordia

Le 13 janvier 2012, le paquebot de luxe Costa Concordia s'échouait au large de l'île italienne de Giglio, en Toscane. Cent ans après le naufrage du Titanic, cette catastrophe a été filmée de l'intérieur par de nombreux passagers. Netflix a retrouvé des rescapés pour réaliser La dérive : cauchemar en mer, un documentaire immersif qui relate la catastrophe presque minute par minute.

Le drame quand la croisière s'amuse

À 21h00 ce 13 janvier 2012, le paquebot de 290 mètres de long et 114 000 tonneaux — deux fois plus gros que le Titanic — file à 16 nœuds vers Giglio. À bord, la croisière s'anime dans cinq restaurants, treize bars, cinq jacuzzis et quatre piscines. Le commandant Francesco Schettino modifie l'itinéraire pour effectuer un « salut » offrant une vue imprenable aux passagers, mais il se rapproche trop près de l'île.

À 21h45, le drame éclate : bruit de raclement, grincements aigus, stupeur. Le Costa Concordia heurte un récif. « Mon Dieu, qu'ai-je fait ? », lâche Schettino. Une brèche de plus de 50 mètres s'ouvre dans la coque à bâbord ; les compartiments s'inondent. Le navire se couche lentement sur son flanc gauche. Comment les 3 208 passagers et 1 023 membres d'équipage ont-ils vécu cette catastrophe ?

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Des survivants racontent

Pour son film, Netflix a retrouvé plusieurs rescapés : John et Megan, qui voulaient réaliser le voyage de leurs rêves ; Patricia et Nicholas, avec leur fillette Lila de deux ans ; Stephanie, 17 ans, venue avec sa mère ; Rose, danseuse employée sur le paquebot ; Manrico, l'hôtel manager ; et un cuisinier. Tous racontent la catastrophe presque minute par minute.

Dans le poste de pilotage, le capitaine tente de minimiser les faits : à 22h25, 40 minutes après l'échouage, il ne dit toujours pas la vérité aux garde-côtes. Il faut attendre 22h32, près d'une heure après l'accident et alors que le navire penche dangereusement, pour que l'alarme d'urgence soit donnée. Les passagers peuvent enfin rejoindre les canots de sauvetage. Le personnel, sans consigne particulière, s'adapte tant bien que mal.

Le capitaine abandonne son navire

À 22h56, alors que des centaines de personnes affolées sont encore à bord, Schettino embarque sur un canot et prend la tangente, contrairement au droit maritime. Le documentaire exhume l'enregistrement audio où un garde-côte italien hurle : « Vada a bordo, cazzo ! » (« Remontez à bord, bon sang ! »).

Les témoignages des survivants, recueillis par la réalisatrice Chiara Messineo (déjà connue pour Vatican Girl : La disparition d'Emanuela Orlandi), sont empreints d'émotion. Nicholas a du mal à admettre qu'il a sauvé la vie de sa fillette. Manrico, retrouvé miraculeusement par des plongeurs 48 heures après le naufrage, était bloqué dans une cabine avec une jambe cassée. Stephania raconte n'avoir jamais revu sa mère, partie changer de chaussures plutôt que d'embarquer sur un canot de sauvetage. Quatorze ans après les faits, les larmes sont encore proches.

Des images poignantes

Le documentaire inclut des images filmées par les passagers. Megan, sentant peut-être la mort, a tout filmé avec son smartphone. On voit les coursives envahies par les eaux, rappelant les scènes de Titanic. On entend la voix du capitaine : « Je veux savoir où était ce putain de rocher, l'alarme n'a pas sonné ». Enfin, les premiers survivants se retrouvent dans l'église de Giglio, hurlant le nom des leurs. Trente-deux personnes, dont un enfant de cinq ans, ne survivront pas au naufrage.

En 71 minutes, La dérive : cauchemar en mer suscite la curiosité sans être voyeuriste. Le film propose un témoignage choral, argumenté et documenté, autour d'une catastrophe maritime qui hante encore les esprits.

Le paquebot fut renfloué en 2013 puis remorqué à Gênes pour y être démantelé. Francesco Schettino fut condamné pour homicides involontaires et abandon de navire ; il purge une peine de seize ans de prison, confirmée en 2017. Anecdote : le 2 septembre 2005, la bouteille de champagne pour le baptême du navire ne s'était pas brisée, et le paquebot s'est échoué un vendredi 13.

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