Christopher Nolan signe avec L'Odyssée bien plus qu'un simple blockbuster estival au budget faramineux et à la distribution luxueuse. C'est un grand film à la fois épique et tragique, hanté par la culpabilité de la guerre et émaillé de visions d'une puissance hallucinante. S'agit-il du chef-d'œuvre du cinéaste britannique ? À 55 ans, il est plus sage et enthousiasmant d'affirmer qu'à ce jour, c'est certainement son meilleur film et sans doute le plus ambitieux.
Un budget colossal pour une adaptation fidèle
Pour adapter le plus fidèlement possible L'Odyssée, Nolan n'a lésiné sur rien : 250 millions de dollars de budget, un tournage en dur dans sept pays différents (Grèce, Sicile, îles Éoliennes, Écosse, Islande, Malte et Sahara occidental) et en intégralité en Imax 70 mm, avec une distribution de luxe jusqu'au plus petit rôle parlant. On n'en attendait pas moins de ce super-auteur auquel Hollywood ne peut aujourd'hui rien refuser.
Les obsessions de Nolan réunies
L'épopée homérique semble condenser toutes ses obsessions : l'exploration du temps et de la mémoire (Memento, Inception), le vertige du voyage et l'abîme de la nostalgie (Interstellar), l'absurdité de la guerre et l'amertume de la victoire (Dunkerque, Oppenheimer), l'ambiguïté de l'héroïsme (The Dark Knight), la narration désarticulée (Le Prestige, Tenet).
Près de trois heures sans temps mort
Mais L'Odyssée va ailleurs, plus loin, retourne en arrière jusqu'à L'Iliade, l'autre poème attribué à Homère. Le film s'ouvre sur l'image éblouissante de la mythique ruse équine abandonnée sur la grève de Troie. On est à Ithaque où depuis dix-sept ans on attend le retour du roi Ulysse (Matt Damon) : sa femme (Anne Hathaway) ne désespère pas de le voir revenir et son fils Télémaque (Tom Holland) craint de ne le connaître jamais, tandis que les prétendants à la succession se repaissent de son hospitalité. Ulysse, perdu et aboulique, est pris dans les rets de la nymphe Calypso (Charlize Theron) qui le soulage de son histoire en lui faisant manger le lotos, la fleur de l'oubli. Pourtant, elle va lui demander de se souvenir.
Un récit fluide et limpide
Ainsi, L'Odyssée croise le parcours d'un fils qui cherche son père dans les paroles et les actes, et l'aventure d'un héros qui reprend conscience, littéralement, psychologiquement, politiquement, métaphysiquement. La narration nolanienne n'a jamais été aussi fluide et limpide ; on ne voit pas passer les deux heures cinquante-deux, et on en redemande. Nolan a dû faire des choix et des raccourcis, mais rien qui ne trahisse l'esprit, ni gâche le plaisir, ni obère l'émotion (réelle, notamment grâce à un chien, un aveugle et surtout un aveu).
Des séquences époustouflantes
Tout n'est pas parfait : certains passages fameux sont expédiés et les scènes d'action ne sont toujours pas le fort du cinéaste. Pour ne citer que quelques exemples, le cyclope Polyphème à la complexion démente produit une vision goyesque terrifiante, la manière dont Circé fait un sort à l'équipage confine à l'horreur organique la plus hallucinante, l'entrée du cheval vue de l'intérieur et la mise à sac de Troie sont deux séquences époustouflantes. Cette dernière offre au film son point de bascule, par lequel il passe de superproduction impressionnante à grand film tragique et politique.
Selon Jérémy Bernède de Midi Libre, "L'Odyssée" de Christopher Nolan est un chef-d'œuvre qui dépasse le simple divertissement pour offrir une réflexion profonde sur la guerre, la mémoire et l'héroïsme. Le film sortira en salles le 17 juillet 2026, avec des projections en Imax 70 mm dans seulement trois villes en Europe, dont Montpellier.



