Avec son premier long métrage "Shana", en salles ce mercredi 17 juin, Lila Pinell dresse le portrait subtil et nuancé d'une bimbo galérienne terriblement attachante. Tornade d'énergie, de bagout, de galère et de décolleté, Shana est un personnage, mais Eva Huault, qui l'incarne, l'est tout autant, au point qu'on en vient à douter qu'elle l'interprète ! Logique : la réalisatrice a conçu Shana, le rôle, le film, pour elle et avec elle.
Une rencontre déterminante
Il y a une vingtaine d'années, alors qu'elle était encore en école de cinéma, Lila Pinell avait déjà filmé (et repéré) Eva Huault, alors âgée de 10 ans, en colonie de vacances pour son projet de fin d'études. Dans un premier temps, elle continue de voir la petite bande dans la perspective d'un autre projet qui ne verra pas le jour. La réalisatrice finit par les perdre de vue, mais aux 20 ans d'Eva, elle renoue avec elle et devient sa confidente, sa psy, sa grande sœur… Avec tout ce qu'Eva lui raconte d'elle-même, mais aussi de la vie des uns et des autres, ses proches et ses voisins, elles inventent ensemble Shana.
Un premier rôle marquant
Shana apparaît pour la première fois dans le moyen métrage Le roi David, en 2021 : elle y cherche du boulot et tente de tourner la page David, son ex toxique. Excellent, le film reçoit le prestigieux prix Jean-Vigo et révèle Eva Huault, une personnalité (puissante, attachante), un physique (décomplexé, travaillé), une tchatche (naturelle, affricatée), un talent (brut, fou). Elle apparaît ensuite dans des seconds rôles (Le dernier des juifs, Coka Chicas, Baise-en-ville, Des preuves d'amour…), mais son premier vrai premier rôle, le voilà : Shana.
Une avalanche de galères
Elle est toujours cette jeune fille qui se cherche, superlative en tout, désirs et besoins, galères et embrouilles, faux ongles et injections, qui vivote de petits trafics pendant que son compagnon (désormais prénommé Moïse) dort derrière les barreaux. En froid avec sa famille, juive d'origine marocaine, depuis qu'elle a mis les voiles jeune, elle hérite à la mort de sa grand-mère d'une bague censée la protéger du mauvais œil. Mais à peine sorti de prison, son copain lui réclame (violemment) son argent… qui a un peu fondu. Elle décide de vendre le bijou pour se refaire ; ce qui déclenche une nouvelle avalanche de problèmes qu'elle s'emploie vaille que vaille à résoudre au fur et à mesure, quitte, ce faisant, à s'en créer de nouveaux !
Un drame social porté par l'énergie vitale
Porté par une troupe de comédiennes épatantes, au-delà de son actrice principale, vous l'aurez compris, une révélation explosive, "Shana" serait un drame social si n'était l'énergie vitale qui le pousse vers l'avant, l'empêchant en permanence de tomber dans la déploration. Son regard a la précision sèche, naturaliste, du cinéma documentaire, mais sa narration s'avère remarquable de subtilité et de générosité, procédant par petites touches, pour brosser le portrait de la jeune fille on fire. On est venu pour un personnage, éclatant, on a rencontré une personne, bouleversante. Énorme coup de cœur !



