Des collégiens de Brignoles réalisent un court-métrage projeté au cinéma Liberté
Des collégiens de Brignoles réalisent un court-métrage

Une voiture se gare sur le parking face au collège Jean-Moulin à Brignoles. La porte claque. Gros plan sur une main et une grosse bague bleue, l'avant-bras est bandé. Bruit de talons, une femme s'avance d'un pas décidé vers l'entrée de l'établissement. C'est la nouvelle professeure d'arts plastiques. Dans la salle de classe, les consignes sont données mais certains élèves sont dissipés. On sent bien que Mme Young, c'est son nom, ne fait pas l'unanimité. Rien d'extraordinaire à première vue. À première vue seulement, car l'ambiance se tend peu à peu, quelque chose se trame. Il y a là l'annonce d'une aventure… fantastique. Quoi ? À qui ? Et comment tout cela va se terminer ? Mystère…

Court-métrage sur grand écran

C'est le début du scénario imaginé par les collégiens pendant leur année de 4e. Ils sont en classe cinéma et, comme le nom l'indique, ils ont choisi d'être là parce qu'ils aiment le cinéma mais aussi parce qu'ils voulaient, au moment de postuler, tout savoir sur le 7e art. L'envers du décor, le processus de fabrication d'un film, tout. Ils voulaient gratter la couche de vernis, tester pour certains une vocation – confirmée pour Thaïs –, et mettre la main à la pâte. C'est là le cœur du programme de cette classe : la réalisation d'un court-métrage. De A à Z. De la réflexion à l'écriture, du storyboard au casting, du tournage au montage jusqu'à la projection sur grand écran devant leur famille.

Un grand écran de choix, qui plus est cette année, puisque leur film a été projeté, hier soir, au Cinéma Liberté. Ce n'est pas vraiment la première fois, à vrai dire, que leur travail est diffusé dans une vraie salle obscure – la Boîte à images avait déjà ouvert ses portes – mais là les élèves ont monté les marches d'un complexe inauguré par George Clooney, himself, faut-il le rappeler. Et dans « une des plus grandes salles », précisait Nadine Delpech, professeure d'histoire-géographie et une des trois têtes pensantes de cette classe un peu spéciale. Il fallait bien ça pour accueillir les élèves et leur famille. « Nous sommes ravis de contribuer à la créativité des jeunes du collège et à cette initiative, relevait Pierre Leroy, gérant du cinéma brignolais. Nous les encourageons à poursuivre leur passion pour le 7e art. »

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Un choix réfléchi

Les élèves de la classe cinéma du collège Jean-Moulin de Brignoles sur le tournage de leur court-métrage entre le collège et le studio à Martigues. D'abord, c'est une motivation. N'intègre pas la classe Zola qui veut passer le temps à regarder des films. Non. Il faut aimer, et vouloir faire du cinéma. À la fin de l'année de 5e, les collégiens présentent leur candidature. Et ça se bouscule au portillon ; la réputation de la classe n'est plus à faire. Plus de 10 ans qu'elle existe avec autant de courts-métrages à son actif, réalisés avec un vrai professionnel, Stephen Hofman. Cette classe attire logiquement les cinéphiles en herbe et il vaut mieux être passionné car l'année est chargée. Elle est menée de main de maître par trois professeures : Mme Delpech, Caroline Guerrero (français) et Anne-Laure Pizzoni (documentaliste). Aussi, le reste de l'équipe enseignante se laisse-t-il facilement prendre au jeu, à l'instar de la professeure d'arts plastiques, Mme Buquen, qui campe ce personnage pour le moins inquiétant dans Jeunesse presque éternelle.

Devant et derrière la caméra

Avant de passer à la pratique, il a fallu lire et écrire. C'est comme ça que tout commence. Cette année, c'est le registre du fantastique qui a été retenu par les enseignantes à partir de la nouvelle Un talent diabolique tirée du recueil de Jean Molla, La Revanche de l'ombre rouge. Des événements surnaturels viennent bouleverser le quotidien d'adolescents. Le ton est donné. Jeunesse presque éternelle en est « librement inspirée », souligne Mme Guerrero. Comprenez un peu éloigné mais l'important, ici, est de créer. En groupe, les élèves ont planché sur le scénario. « Nous avons ensuite mis nos idées en commun, raconte Léana. Et nous avons voté pour la meilleure. »

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Une fois les grandes lignes de l'histoire tracées, les professeures ont écrit les dialogues. Un film, c'est un travail d'équipe. À ce moment-là, le réalisateur entre en jeu. En professionnel, il supervise les auditions. Pour les élèves, c'est une étape importante, concrète. « On est passé en improvisation puis en duo, détaille Morgan. Ensuite, on a fait un passage avec un extrait du court-métrage d'il y a deux ans. » C'est comme ça que l'adolescent, qui rêve d'être acteur, fait ses premiers pas devant une caméra. Tous les élèves ne se pressent pas pour jouer la comédie, certains préfèrent l'ombre à la lumière. Preneur de son, lumière, accessoiriste, machino, et le fameux « clapman ». « Tous les métiers ont une importance capitale », notent Sarah et Noa.

« On voit toujours les acteurs mais réalisateur ce n'est pas si facile, renchérit Maxime. Il y a énormément de préparation. C'est un long travail. » Un long travail déroulé sur l'année scolaire jusqu'à la très attendue semaine de tournage, en mars, au sein du collège et dans un studio à Martigues. Quelques jours avant la projection, les élèves ont découvert la version finale de leur film et n'en sont pas peu fiers. Mais ils retiennent surtout une année riche en apprentissages. Ils ont vu des films, beaucoup, et appris à poser sur eux un regard critique. « Nous avons été au Festival de Cannes. Nous avons vu la montée des marches du film Minotaure », ajoute Sienna. Pour tous, cette expérience « a resserré les rangs. Le tournage nous a unifiés. » C'est bien là l'essentiel.