Danielle Arbid importe Beyrouth à Paris dans son film "Seuls les rebelles"
Danielle Arbid importe Beyrouth à Paris dans son film

La réalisatrice franco-libanaise Danielle Arbid dévoile son nouveau film, "Seuls les rebelles", qui transporte littéralement Beyrouth à Paris. Ce long-métrage, présenté en avant-première au Festival du film de La Rochelle, explore les thèmes de l'exil, de la mémoire et de l'identité à travers une narration visuelle puissante. Arbid, connue pour son regard acéré sur le Liban, utilise le cinéma comme un outil pour "faire exister un pays impossible à filmer".

Un film qui mêle documentaire et fiction

"Seuls les rebelles" se distingue par son approche hybride, mêlant images d'archives, séquences documentaires et fiction. Le film suit plusieurs personnages, dont un jeune homme qui tente de reconstituer l'histoire de sa famille déchirée par la guerre civile libanaise. Arbid explique : "Je voulais montrer comment les cicatrices de la guerre persistent, même à des milliers de kilomètres de Beyrouth." La réalisatrice a passé cinq ans à collecter des témoignages et des images, dont 40% proviennent d'archives personnelles de familles libanaises.

Beyrouth, un personnage central

Dans ce film, Beyrouth n'est pas seulement un décor, mais un personnage à part entière. Arbid utilise des plans de la capitale libanaise, filmés entre 2019 et 2023, pour créer un contraste saisissant avec les rues de Paris. "Paris devient un miroir de Beyrouth, un lieu où les fantômes du passé ressurgissent", déclare-t-elle. Le film inclut des images de l'explosion du port de Beyrouth en 2020, un événement qui a profondément marqué la réalisatrice. "Cette explosion a tout changé. Elle a rendu le Liban encore plus impossible à filmer, car la réalité dépasse la fiction."

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un regard sur l'exil et la mémoire

L'exil est au cœur de "Seuls les rebelles". Arbid, qui vit entre Paris et Beyrouth, explore la dualité de ceux qui ont quitté le Liban mais restent hantés par leur pays. "Le film parle de cette impossibilité de revenir, mais aussi de l'impossibilité de partir complètement", explique-t-elle. Les personnages principaux, interprétés par des acteurs non professionnels pour la plupart, incarnent cette tension. L'un d'eux, un réfugié syrien rencontré à Paris, raconte son parcours depuis Alep jusqu'à la capitale française. Selon Arbid, "ces histoires individuelles sont le reflet d'une tragédie collective".

Une esthétique de la fragmentation

La réalisatrice adopte une esthétique fragmentée, avec des sauts temporels et des changements de format (16 mm, vidéo numérique, images de téléphone portable). Ce choix stylistique reflète la difficulté de raconter une histoire cohérente dans un pays déchiré par les crises. "Le Liban est un puzzle dont il manque des pièces. Mon film essaie de reconstituer ce puzzle, mais en acceptant les trous", dit-elle. Le montage, confié à la monteuse libanaise Nada Chacra, a duré 18 mois, un processus qu'Arbid décrit comme "une thérapie".

Réception et critiques

"Seuls les rebelles" a été bien accueilli par la critique, notamment pour sa capacité à traiter de sujets lourds avec poésie. Le journaliste cinéma Jean-Michel Frodon a salué "une œuvre qui transcende les genres et les frontières". Cependant, certains critiques ont noté que le film pouvait paraître décousu par moments. Malgré cela, Arbid insiste sur l'importance de cette approche : "La vie au Liban est décousue. Mon film ne pouvait pas être linéaire." Le film sortira en salles en France le 15 septembre 2026.

Un projet de longue haleine

Le financement du film a été un défi, avec un budget total de 1,2 million d'euros, obtenu grâce à des coproductions entre la France, le Liban et la Belgique. Arbid a également lancé une campagne de financement participatif qui a récolté 45 000 euros. "Chaque don était un acte de foi", confie-t-elle. Le projet a bénéficié du soutien du Centre national du cinéma (CNC) et de la Fondation culturelle libanaise. "Sans ces aides, ce film n'aurait jamais vu le jour", ajoute-t-elle.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Danielle Arbid, une voix singulière

Née à Beyrouth en 1970, Danielle Arbid a fui la guerre civile pour s'installer en France à l'âge de 17 ans. Depuis, elle a réalisé plusieurs documentaires et fictions, dont "Un homme perdu" (2007) et "Beyrouth, les fantômes de la guerre" (2015). Son travail est régulièrement présenté dans des festivals internationaux, de Cannes à Berlin. "Seuls les rebelles" marque un tournant dans sa carrière, car elle y aborde plus directement son propre rapport à l'exil. "Ce film est le plus personnel que j'aie jamais fait", avoue-t-elle.

Conclusion : un film nécessaire

Avec "Seuls les rebelles", Danielle Arbid offre une réflexion poignante sur la mémoire et l'identité. En important Beyrouth à Paris, elle crée un espace où les blessures du passé peuvent être exprimées et peut-être guéries. Comme elle le dit : "Le cinéma est ma manière de résister à l'oubli." Un film à voir pour comprendre les complexités du Liban et de l'exil.