À l'occasion de l'ouverture de sa nouvelle enseigne à Cannes, le jeudi 22 octobre, Uniqlo a dévoilé une collaboration spéciale avec l'artiste local Franck Lebraly. Cette collaboration couvre à la fois les vêtements et la décoration du magasin situé au 68 rue d'Antibes. L'artiste, né à Cannes et résident du Cannet, a été rencontré sur la Croisette pour présenter ce projet.
Une collection aux couleurs de la Méditerranée
Franck Lebraly, qui se décrit comme un « enfant du Sud », a imaginé une ligne de t-shirts pour Uniqlo. Les créations arborent des motifs ondulés évoquant les vagues, des poissons tourbillonnants parmi citrons et palmiers, ainsi que des îles perdues à l'horizon marin. Les teintes dominantes sont le bleu et le blanc, des couleurs qui rappellent la Méditerranée et, selon l'artiste, « les couleurs de Cannes ». Il explique : « Avec Uniqlo, j'ai d'abord pensé que ça pouvait être l'occasion de sortir du bleu, mais on m'y ramène toujours, et la marque voulait vraiment cette représentation de la Méditerranée. »
Dans la lignée d'un Matisse ou d'un Yves Klein, le « bleu Lebraly » se décline sur les t-shirts griffés de son nom. Une naïade lascive, à peine esquissée, épouse les vagues, tandis que des poissons s'entremêlent dans une végétation luxuriante. Ces motifs évoquent un appel à prendre le large vers les îles de Lérins.
Une fresque monumentale dans la boutique
La collaboration ne se limite pas aux vêtements. Dans la boutique du 68 rue d'Antibes, le trait de Franck Lebraly se prolonge sur le mur de la cage d'escalier, sur trois niveaux et jusqu'à quatre mètres de haut. Cette fresque, voulue par Uniqlo, s'inscrit dans une démarche d'association avec des acteurs locaux. L'artiste a déjà collaboré avec des restaurants (La cuisine de Mathilde, La Bambola) et des hôtels (Le Sud) dans la région.
« Je suis très fier de cette collaboration avec Uniqlo, ils m'ont laissé carte blanche, et j'ai pu resituer la Méditerranée dans son contexte historique et mythologique, avec la pêche, l'allégorie de la femme, les îles », se réjouit Franck Lebraly.
Un artiste aux multiples facettes
Ancien directeur artistique dans la publicité, Franck Lebraly puise dans son expérience pour répondre aux demandes. « J'aime être connecté à un process, et pour mes dessins, je me sers de tout ce que j'ai appris dans la pub », assume-t-il. Il précise : « Chaque dessin répond à une demande, illustre un concept, car je n'aime pas l'originalité gratuite. Certes, je ne me considère pas comme un artiste engagé, je n'ai pas cette prétention à critiquer la société même si je développe des idées liées à la mythologie de la Méditerranée. Mais pour l'heure, ce n'est qu'une réponse esthétique pour sublimer notre quotidien. »
Amoureux du Sud, de son histoire et de ses racines, Franck Lebraly est né de parents eux-mêmes nés au Maroc, avec une ascendance sicilienne. Il partage sa vie entre Paris (où vit son fils Pablo) et le Cannet. « Je me suis toujours senti un enfant du Sud », confie-t-il. Ancien écolier des Orangers, passé par le collège Emile-Roux puis le lycée Carnot avant des études en histoire de l'art, il explique : « C'est quand tu t'en éloignes que tu te rends compte à quel point le Sud te manque. Les racines, à un moment, tu ne peux pas y déroger. Ici, il y a cette lumière qui a séduit tant de peintres, et tu peux vivre dehors, en terrasse, avec pas grand-chose. »
Une vision de Cannes au-delà du cinéma
Franck Lebraly, qui se définit comme un « militant de l'anti bling-bling », regrette que Cannes soit trop souvent associée au Festival du film et à ses congrès. « Cannes, ce n'est pas que du cinéma, et je trouve dommage qu'on l'associe trop souvent au Festival du film et à ses congrès, car elle perd un peu de son identité », estime-t-il. « C'est une ville qui a vraiment de la gueule, mais il lui manque un peu de cette mémoire, que j'essaie modestement de mettre en relief… »
Plutôt que sur la Croisette, l'artiste a posé ses crayons et pinceaux dans le Suquet, où il explore le mythe du masque de fer pour un hôtel particulier. Il a utilisé de la terra cotta pour suppléer au bleu, une infidélité assumée. « J'ai fait beaucoup de recherches qui m'ont passionné. Mais sur l'île, j'ai été déçu par le Musée qui lui est consacré, et je rêverais de réaliser une fresque dans la cellule du masque de fer. »
De plus en plus demandé, Franck Lebraly va bientôt s'exiler sous un autre soleil, avec des projets chez un particulier à New York et dans un restaurant à Los Angeles. En ambassadeur du Sud, il se joue de tous supports : toiles, murs, textiles, assiettes. Les clients Uniqlo de Cannes porteront également sa marque, prolongeant ainsi l'identité méditerranéenne de l'artiste dans leur quotidien.