Coralie Le Meur, la Frontignanaise qui dresse des dromadaires dans le monde
Coralie Le Meur, dresseuse de dromadaires à Frontignan

À Frontignan, Coralie Le Meur, 31 ans, a transformé une passion d'enfance en un métier singulier : dresseuse de dromadaires, reconnue dans le monde entier. Hier, ses deux "éco-ambassadeurs", Titouan de la Gardiole et Sultan, ont achevé leur mission estivale de ramassage des déchets sur les plages de Frontignan, en partenariat avec la municipalité. Une opération réussie, fruit du patient travail de dressage mené par leur maîtresse.

Une passion née dans un camping de l'Aveyron

Tout commence dans un camping de l'Aveyron, où la famille de Coralie croise des dromadaires lors d'une balade. Le coup de foudre est immédiat pour sa mère, Cécile, qui en acquiert deux. Adolescente timide, Coralie y trouve un refuge inattendu. "Comme eux, j'avais peur des humains, car ils peuvent faire semblant et mentir, à la différence des bêtes. C'est grâce à ces dernières que j'ai pu parler aux gens", confie-t-elle. Jusqu'au bac, elle leur rend visite chaque jour, apprend à jouer avec eux et à leur enseigner mille tours.

De l'Australie au Texas : une carrière internationale

Le déclic survient après le baccalauréat. Un chamelier australien recherche un jockey pour six semaines. Coralie lance une cagnotte en ligne, décroche son billet et s'envole pour l'Australie. Sur place, elle apprend les techniques de dressage et participe à des courses. Repérée, elle part ensuite dresser une quinzaine de dromadaires pour un parc chypriote avant leur transfert en Bulgarie. Elle n'a alors que 19 ans. "C'était la première fois qu'ils embauchaient une femme. C'est avant tout un milieu très masculin", précise-t-elle. En quinze jours, elle convainc et livre des dromadaires parfaitement éduqués. Le parc l'envoie en Bulgarie, où elle reviendra à trois reprises pour former des salariés, avant d'enchaîner des tournées en France.

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Sa réputation traverse l'Atlantique. Des Américains l'invitent à une Camel Clinic au Texas, vitrine internationale du dressage. Elle y défend une méthode fondée sur la coopération avec l'animal plutôt que la contrainte. "Il est très intelligent, il faut composer avec lui, pas aller contre lui. Or, les Américains ont tendance à se comporter avec lui comme des cow-boys." L'aventure texane installe durablement sa notoriété. Depuis, elle part chaque année un mois et demi en tournée en Europe, chez des particuliers, dans des parcs et des zoos. Le Koweït, l'Arabie saoudite et l'Égypte l'invitent à participer à leurs courses officielles, intrigués par cette Européenne capable de rivaliser dans une discipline très masculine.

Dromasud, l'exploitation familiale à Frontignan

Mais Coralie revient toujours à son port d'attache. Avec sa mère, elle a cofondé en 2020 Dromasud, une exploitation d'élevage installée à Frontignan, au pied de la Gardiole, dans un ancien centre équestre. Un déménagement contraint, car leur précédent troupeau d'une quinzaine de dromadaires, basé à Balaruc-le-Vieux, était devenu difficile à concilier avec la vie du village. Deux ans de recherches auront été nécessaires pour trouver ce nouveau site. La pandémie de Covid-19 a ensuite contraint les deux femmes à vendre quelques bêtes, faute de revenus. "Nous aurions pu trouver des petits boulots à côté, mais moi, je voulais continuer à travailler avec mes dromadaires", insiste Coralie.

Des activités multiples et des projets décalés

Aujourd'hui, la dizaine de dromadaires de Dromasud vit au rythme d'activités multiples : balades, événementiel, stages de découverte, médiation avec des centres pour personnes en situation de handicap et l'association Rêves d'enfants, pension dressage, vente de matériels. Les projets de diversification ne manquent pas : camel handball ou atelier de peinture avec les dromadaires et les personnes en maison de retraite. "J'aime bien ce qui est décalé. Mon but est de faire découvrir les dromadaires autrement et de casser le cliché qu'en ont les gens, soit celui des caravanes et du bord de plage", dit Coralie.

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Elle confie que certaines activités en cours lui ont laissé des souvenirs marquants, notamment celui d'un homme autiste qui, au contact d'un dromadaire, a parlé pour la première fois après cinquante ans de mutisme, ou celui d'une fillette de sept ans, réalisant son rêve d'enfant de monter sur un camélidé, trois jours avant sa mort. "Les animaux apportent toujours de la joie et de la sérénité. Moi, ils m'ont appris à relativiser et à vivre dans le présent." Son plus grand plaisir reste simple : une fois la saison des balades touristiques moins intense, elle part en caravane avec six à sept dromadaires, pour quelques jours de promenade entre amis. Pas un jour sans être à leurs côtés, ainsi est sa conception de la vie.