La villa « Tempe a Pailla », située à Menton, est un témoignage unique de l'architecture moderne imaginée par la designer irlandaise Eileen Gray au début des années 1930. Achetée en 2025 par l'architecte Maximilian Eisenkoeck, qui prévoit de l'ouvrir au public, la maison regorge de détails cachés et de solutions fonctionnelles qui reflètent la personnalité de sa conceptrice.
Une maison pensée à la mesure de son occupante
Maximilian Eisenkoeck, désormais propriétaire des lieux et président de l'association Tempe a Pailla, explique que la maison a été conçue en fonction des besoins précis d'Eileen Gray. « C'est sa taille qui servait de référence. On comprend alors pourquoi la maison a été construite si petite : elle répond à ce qu'Eileen Gray jugeait nécessaire pour elle-même », détaille-t-il. Les miroirs, par exemple, étaient placés à sa hauteur, offrant une perspective personnelle. Ce parti pris confère à la villa un caractère très intime, en opposition avec la rigueur fonctionnaliste de l'époque.
Des astuces ingénieuses pour contrôler la lumière
Gray avait développé des techniques astucieuses pour maîtriser la luminosité. Dans le séjour, des volets coulissants à lamelles permettaient de plonger la pièce dans l'obscurité totale, peut-être pour développer ses photos, suggère Eisenkoeck. Au plafond de la chambre, une ouverture circulaire fermée par un disque, maniable depuis le lit, permettait d'augmenter ou de diminuer l'intensité lumineuse, créant un effet d'éclipse visuelle.
Un mobilier inspiré de l'aéronautique et des matériaux innovants
Plusieurs pièces de mobilier étaient inspirées par l'aéronautique, comme une garde-robe en bois peint imitant le métal. Gray utilisait des matériaux novateurs, dont le Rhodoïde, une marque de celluloïd, l'un des premiers plastiques. L'architecte souligne que la designer orchestré de véritables mises en scène photographiques, mais que la maison n'a fait l'objet de publications qu'à partir de 1956. « Elle ne s'intéressait pas au marketing et n'était pas très douée pour présenter ses idées aux autres », ajoute-t-il.
Des fonctions cachées et une restauration minutieuse
Dans un couloir, un système de rangement pour les bagages en hauteur sera restauré avec un nettoyage professionnel et une intervention sur les zones endommagées, sans remplacement complet. Dans la chambre de Louise, la gouvernante, subsistent des traces d'un vert intense, laissant imaginer une maison très colorée. La cuisine est la pièce qui a le plus changé, faute de photos d'époque. Eisenkoeck note que Gray était très précise dans ses dessins, mais qu'il est parfois difficile de comprendre chaque élément.
De retour dans le hall, l'architecte soulève une banquette révélant un accès au cellier. « Eileen Gray a intégré tellement de fonctions cachées… », s'émerveille-t-il. À l'extérieur, la terrasse-solarium noire se transforme en plaque chauffante sous le soleil, illustrant selon lui le caractère à la fois pragmatique et peu pratique de Gray. « C'est la preuve qu'elle était à la fois pragmatique et très peu pratique. Elle a réalisé certaines choses qui n'étaient pas durables et qui ne fonctionnaient pas. »
L'association Tempe a Pailla, qui dispose de 200 clichés de la villa, recherche encore des photos ou informations sur la maison. Les personnes intéressées peuvent contacter l'équipe à l'adresse info@tempeapailla.com.



