Pour la deuxième année consécutive, le Théâtre populaire de la vallée de l'Hérault (TPVH) a installé son Festival d'été au domaine de Rieussec, à Gignac. Le choix s'est porté sur l'immense œuvre en deux parties de Marcel Pagnol, L'Eau des Collines. Si quelques allusions au premier tome, Jean de Florette, subsistent au début de la pièce, c'est essentiellement la seconde partie, Manon des Sources, qui est mise en scène.
Une pièce en résonance avec l'époque
Le spectacle entre complètement en résonance avec l'actualité. Un village se retrouve privé d'eau, posant la question universelle de cette ressource et de son contrôle. Une seconde lecture, plus diffuse, aborde l'origine des gens, les "estrangers" d'un village voisin, ainsi que les lourds secrets et les renoncements par faiblesse ou lâcheté qui conduisent à cette situation.
Le cadre est idéal, au milieu des vignes, devant la façade du domaine. Sur scène, 18 comédiennes et comédiens, tous bénévoles, jouent chaque représentation. En réalité, ils sont plus d'une trentaine à assurer les soirées tout au long de l'été. Leur engagement est remarquable, d'autant que l'exercice en plein air n'est pas simple, surtout quand les cigales accompagnent les voix. Leur enthousiasme pour le texte, déclamé avec humour, ironie ou parfois de façon dramatique, est palpable.
Une troupe permanente créée en 2020
Deux passionnés, Fred Tournaire et Jérôme Frey, ont créé en 2020, en plein Covid, une troupe permanente sur la vallée de l'Hérault. Tous deux ont grandi dans des compagnies permanentes. Leur filiation revendiquée à Jean Vilar, fondateur du Théâtre national populaire (TNP) et artisan du célèbre festival d'Avignon, se lit clairement dans le nom de leur compagnie. Ils plaident pour une culture populaire, "en lien direct avec le territoire et ses habitants". Leur vecteur est le théâtre en déambulation, avec des spectacles dans les rues des villages.
Au domaine de Rieussec, le projet est d'installer un événement long, pour les habitants et les touristes, "en parallèle de ce qui se fait le reste de l'année. On veut pérenniser ce rendez-vous, et mieux organiser l'accueil avec de vrais gradins", explique Fred Tournaire.
Les projets ne manquent pas : Les Misérables, en insistant sur l'acte révolutionnaire, ou la célèbre trilogie de Pagnol. Pourquoi un tel intérêt pour cet auteur ? "C'est une demande de l'équipe. Et on le considère comme notre Shakespeare provençal. Il y a à la fois de la comédie et du drame. Il a trop été caricaturé, alors que son écriture est superbe", ajoute-t-il.



