Alain Thébault, le navigateur-inventeur de 63 ans connu pour l'Hydroptère, dévoile son nouveau projet ambitieux : Fly-Box. Il s'agit d'engins autonomes volant sur foils, destinés au transport de marchandises, avec l'objectif de délester l'autoroute A8 des camions. Le projet vise à établir une ligne de fret entre Gênes et Saint-Tropez, avec des tests prévus dès l'automne 2026.
Un concept né d'un embouteillage
L'idée des Fly-Box est née lors d'un trajet sur l'autoroute entre Gênes et Cannes, souvent congestionnée. Les deux jeunes fils d'Alain Thébault, âgés de 6 et 9 ans, lui ont lancé : « Papa, tu devrais faire voler les camions ! » De là, Thébault a imaginé des plateformes de 16 mètres sur 4, capables de décoller à 15 nœuds et d'atteindre une vitesse maximale de 30 nœuds. Les engins voleraient en essaim, de nuit, pour préserver le paysage.
Des tests déjà réalisés et des investisseurs
Thébault a constitué une équipe et trouvé ses premiers investisseurs : le physicien Jean-Philippe Bouchaud et une femme d'affaires dubaïote, Chahrazad Rizk. Cela a permis de réaliser les premiers vols d'un prototype de huit mètres sur le lac Léman. Pour la suite, l'inventeur cherche à lever 10 millions d'euros pour les premiers engins autonomes, et estime qu'il faudra 50 à 100 millions pour une flotte de 600 Fly-Box.
Un projet aux dimensions variables
En Méditerranée, les Fly-Box auront des dimensions réduites par rapport à ceux prévus dans le golfe Persique, où ils pourraient transporter jusqu'à trente tonnes. Thébault ambitionne une ligne-pilote dès l'automne 2026 entre Gênes et Saint-Tropez. Les engins sont conçus pour être totalement autonomes, avec un jumeau numérique et un opérateur pour les manœuvres portuaires. Des capteurs sous-marins protègent les cétacés dans le sanctuaire Pelagos, et l'IA permet d'éviter les voiliers.
Un inventeur clivant mais déterminé
Alain Thébault, qui se décrit comme « clivant », assume son caractère et ses projets. Il a récemment été relaxé en appel dans un contentieux lié à sa start-up SeaBubbles. Il déclare : « J’en ai marre d’être sali. Quand je suis attaqué, je me défends. Je lève des fonds au service de mes projets et de mes rêves. Je dérange au plan intellectuel et industriel. Mais je n’ai jamais brûlé d’argent ! » Il compare ses innovations à des avancées comme le TGV ou le Concorde, qui ont aussi suscité le scepticisme.
Un accueil prudent des collectivités
Les communes de Cannes et Saint-Tropez, que Thébault a rencontrées, se montrent prudentes. La Ville de Cannes juge le projet « intéressant » mais attend des éléments techniques supplémentaires. La préfecture maritime de la Méditerranée, dirigée par le vice-amiral Christophe Luca, doit donner son feu vert réglementaire. Thébault salue l'écoute du préfet, mais les services doivent encore analyser le projet en détail.
Selon Thébault, le projet Fly-Box pourrait retirer des milliers de camions diesel des routes, contribuant ainsi à la réduction des émissions. Il revendique le soutien du Prince Albert II de Monaco, sensible aux innovations technologiques et écologiques. Reste à savoir si ce projet « pharaonique » parviendra à convaincre les investisseurs et les autorités.



