Les « deathbots », ces avatars numériques alimentés par l'intelligence artificielle qui permettent de dialoguer avec une personne décédée, connaissent un essor remarquable. Selon une étude récente, environ 30 % des personnes en deuil utiliseraient déjà ou envisageraient d'utiliser ces outils pour atténuer leur chagrin. Cette pratique, bien que controversée, transforme profondément la manière dont nous vivons le deuil et interagissons avec la mémoire des disparus.
Une technologie au service du souvenir
Les deathbots fonctionnent en analysant les messages, courriels, publications sur les réseaux sociaux et autres traces numériques laissées par une personne de son vivant. Grâce à des algorithmes de traitement du langage naturel, ils sont capables de reproduire son style d'écriture, ses tics de langage et même certaines de ses opinions. L'utilisateur peut ainsi poser des questions et recevoir des réponses qui semblent provenir du défunt, créant une illusion de présence qui peut être réconfortante.
Des entreprises comme HereAfter AI ou StoryFile proposent déjà des services de ce type, tandis que des géants comme Microsoft ont déposé des brevets pour des systèmes similaires. Cependant, l'utilisation de ces technologies reste marginale, mais elle suscite un intérêt croissant, notamment chez les personnes âgées qui souhaitent laisser une trace interactive de leur vie à leurs proches.
Des bénéfices psychologiques potentiels
Pour certains psychologues, les deathbots pourraient offrir un véritable soutien thérapeutique. En permettant aux endeuillés de « parler » à leur proche disparu, ils faciliteraient l'expression des émotions et la résolution de conflits non réglés. Une étude menée par l'université de Stanford a montré que 70 % des participants ayant utilisé un deathbot ont rapporté une diminution de leur sentiment de solitude et une meilleure acceptation de la perte.
Le docteur Élise Martin, psychologue clinicienne spécialisée dans le deuil, explique : « Pour certains patients, ces avatars représentent une étape intermédiaire dans le processus de deuil. Ils permettent de dire des choses qui n'ont pas pu être dites, de poser des questions restées sans réponse. Cela peut être extrêmement libérateur, à condition que la personne soit consciente qu'il s'agit d'une simulation et non d'une véritable communication. »
Des risques éthiques et émotionnels
Mais cette technologie n'est pas sans dangers. Les critiques soulignent le risque de dépendance, les utilisateurs pouvant rester bloqués dans un deuil pathologique en refusant de faire le deuil réel. De plus, la question du consentement du défunt se pose : peut-on utiliser ses données personnelles pour créer un avatar sans son accord explicite ? Certains experts plaident pour un encadrement légal strict.
Un autre problème est celui de l'exactitude des réponses. Les deathbots ne font que reproduire des schémas appris, ils ne peuvent pas réellement penser ni ressentir. Une réponse inappropriée ou erronée pourrait causer une détresse supplémentaire chez un utilisateur vulnérable. Enfin, des questions de confidentialité se posent : qui a accès aux données utilisées, et que deviennent-elles après la mort de l'utilisateur ?
Vers un encadrement nécessaire
Face à ces enjeux, plusieurs pays réfléchissent à légiférer. En France, la Commission nationale de l'informatique et des libertés (CNIL) a déjà publié un avis sur les « avatars numériques des personnes décédées », recommandant une information claire des utilisateurs et un droit à l'effacement des données. L'Union européenne, dans le cadre du Règlement général sur la protection des données (RGPD), considère que les données d'un défunt ne sont pas couvertes par ce texte, mais les États membres peuvent adopter des lois nationales.
À l'avenir, les deathbots pourraient devenir un outil courant dans l'accompagnement du deuil, à condition que des garde-fous éthiques soient mis en place. Les professionnels de la santé mentale appellent à une formation spécifique pour intégrer ces outils dans leurs pratiques, tandis que les développeurs sont invités à concevoir des systèmes plus transparents et respectueux de la vie privée. Le débat est ouvert, mais une chose est certaine : la frontière entre la vie et la mort numérique est de plus en plus floue.



