Le 7 janvier 2025, Mark Zuckerberg a annoncé la fin du programme de fact-checking sur Facebook, marquant un revirement majeur après dix ans de politiques hésitantes face à la désinformation. Cette décision, révélée par une note interne, met un terme à un système de vérification des faits mis en place en 2016, après l'élection de Donald Trump.
Dix ans de politiques contradictoires
Depuis 2016, Facebook a constamment oscillé entre fermeté et laxisme dans sa lutte contre les fausses informations. En 2016, face aux critiques sur la propagation de fausses nouvelles ayant influencé l'élection présidentielle américaine, le réseau social a lancé un partenariat avec des organismes de fact-checking certifiés par l'International Fact-Checking Network. Ce système, qui consistait à signaler et à déclasser les contenus jugés faux, a été déployé dans plus de 60 pays.
Cependant, dès 2018, des tensions sont apparues. Des responsables politiques, notamment aux États-Unis, ont accusé Facebook de censure et de partialité. En 2020, lors de la pandémie de Covid-19, la plateforme a renforcé ses mesures contre les fausses informations sur la santé, mais a également été critiquée pour ne pas en faire assez.
La volte-face de Zuckerberg
Dans sa note interne du 7 janvier 2025, Mark Zuckerberg justifie cette décision par la volonté de "restaurer la liberté d'expression" sur ses plateformes. Il affirme que le fact-checking est devenu un outil de censure politique, utilisé par des groupes pour museler les voix conservatrices. Cette annonce intervient alors que Meta, la maison mère de Facebook, fait face à des pressions croissantes de la part des républicains, qui menacent de réguler les réseaux sociaux.
Zuckerberg a également annoncé le retour de la recommandation de contenus politiques dans le fil d'actualité, une fonctionnalité supprimée en 2021 pour réduire la polarisation. Cette décision a été saluée par certains, mais vivement critiquée par les défenseurs de la lutte contre la désinformation.
Impact sur la désinformation
Selon une étude de l'université de Stanford, le fact-checking de Facebook avait permis de réduire de 15 % la propagation de fausses informations sur la plateforme. Sa suppression pourrait donc entraîner une recrudescence de la désinformation, notamment lors des prochaines échéances électorales dans le monde.
Joel Kaplan, vice-président des affaires mondiales de Meta, a défendu cette décision en affirmant que le fact-checking était "un système imparfait" qui avait "franchi la ligne rouge". Cependant, des organisations comme Reporters sans frontières ont exprimé leur inquiétude, estimant que cette décision "ouvre la porte à une désinformation massive".
En France, le secrétaire d'État chargé du numérique a déclaré que cette décision "ne change rien à la régulation européenne", rappelant que le règlement sur les services numériques (DSA) impose des obligations strictes en matière de modération des contenus. Les plateformes devront continuer à lutter contre les fausses informations sous peine de lourdes amendes.



