La présentation du budget 2027, prévue jeudi 1er octobre, s'annonce sous haute tension. Le gouvernement de Sébastien Lecornu affiche un objectif de 54 milliards d'euros d'économies, et l'une des pistes évoquées pour y parvenir est la désindexation des pensions de retraite. Mais une étude de l'Institut des politiques publiques (IPP), publiée lundi 29 septembre, vient nuancer cette idée : elle estime que cette mesure pénaliserait davantage les ménages modestes.
Un budget offensif avec 54 milliards d'économies
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a présenté ce budget comme « offensif », avec un « effort » massif de 54 milliards d'euros d'économies. Il a promis des mesures qui seront « pour beaucoup, réversibles par la nouvelle majorité qui sortira des urnes » après l'élection présidentielle. Il laissera au Parlement le soin de trancher certaines mesures, notamment celles concernant les retraités, un sujet jugé « hautement inflammable ».
Parmi les pistes envisagées, le gouvernement réfléchit à ramener à 3.000 euros le plafond de l'abattement fiscal dont bénéficient les retraités, contre un maximum de 4.439 euros actuellement, selon une source au sein de l'exécutif. Il étudie aussi un gel ou une sous-indexation par rapport à l'inflation de certaines pensions. Ces mesures s'ajoutent à une hausse des prélèvements obligatoires, qui devraient passer à 44,2 % du PIB contre 43,9 % en 2026, principalement grâce à la réduction de certaines niches fiscales.
Une désindexation au « effet anti-redistributif »
L'étude de l'IPP compare les effets de trois scénarios pour les retraités : la désindexation des pensions, la suppression de l'abattement fiscal sur les retraites, et l'alignement des taux de CSG des retraités sur celui des actifs. Une désindexation totale « aurait l'effet le plus fort » financièrement, en rapportant 5,5 milliards d'euros aux finances publiques, en net, estime l'IPP. Mais elle « produit un effet anti-redistributif », en tendant à pénaliser relativement plus les retraités modestes.
Selon l'étude, « les pertes relatives » de niveau de vie sont « comprises entre 0,8 % et 1,5 % » dans la moitié de la population la moins aisée, et diminuent ensuite « jusqu'à 0,4 % » pour les retraités les plus aisés. Cela signifie que les ménages modestes subiraient une perte relative plus importante que les plus riches.
Des alternatives plus redistributives
Par comparaison, un alignement partiel des taux de CSG des retraités sur celui des actifs pourrait rapporter 4,2 milliards d'euros, en centrant les pertes de niveau de vie sur les classes moyennes, les plus modestes et les plus riches étant relativement épargnés. Quant à la suppression de l'abattement fiscal de 4.439 euros sur les retraites, le troisième scénario évoqué ces dernières semaines, elle rapporterait 5,4 milliards d'euros et « présenterait le profil le plus redistributif », selon ces travaux. Dans ce scénario, les pertes relatives de niveau de vie iraient en augmentant avec le revenu, jusqu'au neuvième décile.
Cependant, l'étude note que des « mesures d'atténuation » seraient nécessaires pour compenser un effet de bord sur le calcul des aides au logement des plus modestes. Elle évalue également un scénario où la désindexation des pensions ne serait effective qu'à partir de certains seuils de revenu (au-dessus de 1.639 euros - la médiane des pensions -, au-dessus de 2.000 euros, au-dessus de 3.000 euros). Dans ces hypothèses, « la redistributivité s'améliore avec le seuil, mais de façon imparfaite », estime l'étude.
Ces travaux interviennent alors que le gouvernement s'apprête à présenter son projet de budget pour 2027, qui comportera plusieurs milliards d'euros d'économies sur les dépenses liées aux retraités. Les arbitrages finaux restent à faire, mais cette étude pourrait influencer les choix du gouvernement, qui devra trancher entre efficacité budgétaire et justice sociale.