Google poursuit son offensive dans l’intelligence artificielle. Ce jeudi 30 juillet, le géant américain a annoncé une nouvelle fonctionnalité sur Google Earth, quelques jours seulement après le lancement d’AI Overview en France. Désormais, les utilisateurs peuvent générer des images personnalisées à partir des images satellites, aériennes et 3D du globe, en s’appuyant sur le modèle Nano Banana.
Une fonctionnalité bluffante, mais ouverte à tous
L’outil est accessible dans le monde entier et gratuitement, mais uniquement sur ordinateur pour le moment. Le principe est simple : il suffit de zoomer sur un lieu, de cliquer sur « Créer une image » et de décrire la scène souhaitée. Google donne quelques exemples : visualiser un site historique, planifier une construction ou encore imaginer l’évolution d’un quartier.
« Pour la première fois, vous pouvez créer des images personnalisées à partir des images satellites, aériennes et 3D de Google Earth, en association avec Nano Banana », explique l’entreprise dans un billet de blog de 487 mots signé Bryan Horowitz, Product Manager chez Google Earth. Un message complété par le compte officiel Google Earth sur X, qui évoque la possibilité de « réimaginer virtuellement n’importe quel endroit du monde réel ».
Les spécialistes OSINT tirent la sonnette d’alarme
Mais cette innovation ne fait pas l’unanimité. Sur le réseau social X, le spécialiste de l’OSINT (renseignement en sources ouvertes) Henk van Ess a immédiatement dénoncé les risques de désinformation. Il a notamment généré une image satellite montrant « un faux hôpital dans la bande de Gaza » avec un cratère de bombe à proximité, ainsi qu’une centrale nucléaire en Iran.
Dans son tweet, il s’étonne que l’instruction donnée à l’IA soit aussi simple : « type whatever you want to see », soit « tapez ce que vous voulez voir ». Et d’ajouter : « That is the gate. That is the whole gate. » (C’est la porte d’entrée. Toute la porte d’entrée.)
Un autre compte spécialisé dans l’OSINT a lui aussi réagi vertement : « C’est d’une irresponsabilité incroyable et cela porte immédiatement atteinte de manière catastrophique à la crédibilité de l’imagerie satellite ». La crainte est que ces images artificielles soient confondues avec de véritables prises de vue, notamment dans les zones de conflit ou sensibles.
Google mise sur le filigrane numérique SynthID
Face à ces critiques, Google a rapidement répondu. « Nous prenons très au sérieux la désinformation : chaque image créée avec Nano Banana dans Google Earth comporte le filigrane numérique SynthID. Ainsi, si quelqu’un a des doutes concernant une image, il peut interroger l’application Gemini ou utiliser Google Lens pour vérifier si l’image a été générée par l’IA », assure la société.
Ce système de marquage invisible est censé permettre de tracer l’origine des images. Mais sa fiabilité est remise en cause par plusieurs internautes. Google lui-même reconnaît les limites de la détection du filigrane SynthID dans sa page d’aide « Aide Applications Gemini », où il est précisé que l’outil n’est pas infaillible et peut échouer dans certains cas.
Un débat qui ne fait que commencer
Cette nouvelle capacité illustre la course à l’IA générative dans les produits grand public. Mais elle soulève aussi des questions éthiques majeures. Alors que la technologie permet de manipuler des représentations du réel avec une facilité inédite, la question de la régulation et de la vérification des contenus devient cruciale. Pour l’heure, Google maintient sa position, confiant que SynthID et ses outils associés suffisent à garantir l’authenticité des images.



