La photogrammétrie, inventée au milieu du XIXe siècle, a conquis les fonds marins. Cette technologie permet désormais de réaliser des modèles 3D extrêmement précis de toute infrastructure sous-marine, y compris de vieilles épaves. La société marseillaise IVM Technologies, experte en la matière, nous éclaire sur cette innovation.
Une épave vieille de cinq siècles ressuscitée en 3D
Le 6 avril dernier, une épave vieille de cinq siècles a été l'objet d'une campagne archéologique exceptionnelle au large de Ramatuelle, dans le Var. Découverte un an plus tôt par les marins militaires du Centre expert plongée humaine et intervention sous la mer (Cephismer), le Camarat 4 gît par 2 500 mètres de profondeur. Cette mission de trois jours, menée depuis le bâtiment de soutien et d'assistance Jason, a permis de réaliser un relevé photogrammétrique, créant ainsi un jumeau numérique précis de l'épave.
Un outil précieux pour les archéologues
Le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines (Drassm) a salué cette avancée dans un communiqué du 29 avril : « Ce modèle permet pour la première fois une vision globale en volume du site archéologique ainsi que l'exploration et la mesure de précision des détails du matériel (ancres, canons, céramiques, chaudrons). Il est également le support d'une orthomosaïque, c'est-à-dire d'une projection zénithale de grande précision du site, permettant d'en dresser le plan complet. » Le modèle 3D devient ainsi la source d'une documentation abondante pour comprendre la répartition des objets et les circonstances du naufrage.
IVM Technologies, le savoir-faire marseillais
Cette photogrammétrie a été rendue possible grâce à la société marseillaise IVM Technologies, héritière de la Comex. Elle a conçu et vendu au Cephismer l'Hydro 6000, un système stéréoscopique à double caméra capable de prendre 20 images par seconde jusqu'à 6 000 mètres de profondeur. Selon Vincent Chiaroni, cofondateur et PDG d'IVM Technologies, « nos clients viennent avant tout chercher du gain de temps opérationnel ». La société propose des solutions pour optimiser l'inspection des structures sous-marines.
L'offshore, principal débouché
Si l'archéologie sous-marine reste une expérience exceptionnelle, le principal marché d'IVM Technologies est l'industrie pétrolière et gazière, qui représente 60 % de son activité. Viennent ensuite les éoliennes en mer, en forte croissance, ainsi que l'inspection de câbles sous-marins, coques de navires, infrastructures portuaires et barrages hydroélectriques. Dans son atelier de Mazargues, l'entreprise consacre 9 de ses 20 employés à la Recherche et Développement, travaillant notamment sur la métrologie des fixations d'éoliennes flottantes.
Une précision certifiée
Pour démontrer la grande précision de ses produits, IVM Technologies a mené des campagnes en cale sèche sous l'œil du Bureau Veritas. « On est les seuls à avoir mesuré la précision de nos produits - de l'ordre de 30 mm - sur une longueur de 100 mètres. On a investi des centaines de milliers d'euros dans cette démarche de certification », se félicite Vincent Chiaroni. Cette certification vise à convaincre les sociétés pétrolières pour leurs opérations d'installation de raccords sous-marins.
Vers une hybridation des technologies
Le PDG d'IVM Technologies envisage déjà l'avenir : « outre la nécessaire miniaturisation et frugalité en énergie, le futur passera forcément par une hybridation de la photogrammétrie avec des technologies complémentaires ». L'entreprise recherche des partenariats avec d'autres sociétés françaises du secteur maritime, une question de « souveraineté nationale » selon Vincent Chiaroni.



