Le 63e congrès European High Pressure Research, rendez-vous annuel des spécialistes mondiaux de la haute pression, se tient depuis lundi au centre des congrès du phare de Palavas, jusqu'à ce vendredi soir. Organisé à l'initiative de chercheurs montpelliérains, il réunit 183 chercheurs de 25 nationalités autour de conférences et d'échanges.
Une expertise montpelliéraine reconnue pour son interdisciplinarité
À Montpellier, l'expertise scientifique dans le domaine des hautes pressions est reconnue depuis longtemps. Les biologistes ont été les précurseurs, mais c'est depuis quelques années la capacité à croiser les disciplines qui est internationalement reconnue. « Nous n'avons pas le plus grand nombre de chercheurs, mais nous sommes connus pour notre travail interdisciplinaire. La haute pression, c'est en effet aussi l'affaire des physiciens, des chimistes, des géologues… », explique Claire Levelut, physicienne au CNRS.
Cette reconnaissance explique que le congrès ait été confié aux Montpelliérains. Le dernier rendez-vous annuel se tenait à Manchester, le prochain aura lieu à Valencia. La France avait candidaté pour 2026, et Montpellier a remporté l'organisation.
Des applications concrètes dans de nombreux domaines
« Les applications de la haute pression concernent de nombreux domaines. Croiser les recherches est essentiel », assure le chimiste Jérôme Rouquette. La haute pression permet notamment de conserver les aliments en préservant leurs apports nutritifs, de concevoir de nouveaux matériaux supra-conducteurs, ou encore de modéliser en laboratoire la réaction chimique qui, en Moselle, produit dans le sous-sol une énorme poche d'hydrogène. Elle sert aussi à fabriquer de nouveaux matériaux poreux, susceptibles de stocker cet hydrogène ou du CO2.
Pour comprendre ce qu'est la haute pression, quelques repères : si la pression atmosphérique est de 1 bar, celle de l'abysse des Mariannes, une faille océanique proche du Japon, à 11 000 mètres de profondeur, est mille fois supérieure. Dans les pneus de nos voitures, la pression est de 2 ou 3 bars, quand un nettoyeur à haute pression atteint plutôt 100 bars. « On considère que la haute pression c'est à peu près 100 bars. Mais c'est sans limite… Et nous avons encore beaucoup à apprendre », sourit Jérôme Rouquette.
Des découvertes récentes et des perspectives prometteuses
Le chercheur évoque les récentes découvertes qui montrent qu'à 5 kilomètres sous la surface des mers, dans un univers hostile qu'on croyait sans vie, celle-ci foisonne au contraire, malgré l'absence de lumière et des températures allant jusqu'à 200 degrés. « Avec la pression, qui est le rapport de la force sur une surface, la distance entre les atomes se réduit. On peut rendre solide un liquide par le froid comme un glaçon dans le congélateur, mais on peut le faire aussi en le comprimant », explique Julien Haines, chercheur au CNRS et l'un des initiateurs de l'interdisciplinarité.
Les travaux présentés à Palavas illustrent la diversité des champs d'application de la haute pression. Les échanges entre physiciens, chimistes, biologistes et géologues devraient se poursuivre jusqu'à vendredi soir, avant que la communauté scientifique ne se retrouve l'an prochain à Valencia.



