Thomas Dekeyser : « Il est temps de sauter hors du train fou de l'IA »
Thomas Dekeyser : « Il est temps de sauter hors du train fou de l'IA »

Dans une tribune publiée par Libération, le géographe Thomas Dekeyser appelle à un rejet radical de l'intelligence artificielle (IA). Selon lui, cette technologie incarne un « train fou » qu'il est urgent de quitter, tant ses conséquences sont néfastes pour la société et l'environnement.

Une technologie destructrice

Dekeyser affirme que l'IA n'est pas une simple innovation technique, mais un système profondément destructeur. Il pointe du doigt son coût environnemental élevé : l'entraînement d'un seul modèle d'IA générative peut émettre autant de CO2 que plusieurs voitures sur leur durée de vie. Selon une étude de l'Université du Massachusetts, l'entraînement d'un modèle de traitement du langage naturel peut générer jusqu'à 284 tonnes de CO2, soit l'équivalent de cinq voitures américaines sur leur cycle de vie complet.

Au-delà de l'impact climatique, Dekeyser dénonce l'exploitation des travailleurs du « clic » qui étiquettent des données pour des salaires de misère, souvent dans des conditions précaires. Il cite le cas de travailleurs au Kenya rémunérés moins de 2 dollars de l'heure pour filtrer des contenus violents destinés à entraîner les IA.

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Une menace pour la démocratie

Le géographe voit dans l'IA une menace pour la démocratie. Il rappelle que les algorithmes de recommandation des réseaux sociaux, propulsés par l'IA, favorisent la polarisation et la désinformation. Selon une étude du MIT, les fausses informations se propagent six fois plus vite que les vraies sur Twitter, en grande partie à cause de ces algorithmes.

Dekeyser critique également la concentration du pouvoir entre les mains de quelques géants technologiques comme Google, Meta ou OpenAI, qui contrôlent les infrastructures et les données. Il y voit une forme de « colonialisme numérique » où les pays du Sud sont exploités pour leurs ressources et leur main-d'œuvre.

Appel à la sobriété technologique

Face à ce constat, Thomas Dekeyser prône une « sobriété technologique » radicale. Il ne s'agit pas simplement de réguler l'IA, mais de l'abandonner complètement. Il invite les citoyens, les chercheurs et les décideurs à « sauter hors du train fou » et à imaginer une société libérée de la dépendance à ces technologies.

Il propose de rediriger les investissements vers des solutions écologiques et sociales, comme la transition énergétique, l'agriculture paysanne ou les communs numériques. Dekeyser conclut en affirmant que « le futur n'a pas besoin d'IA, mais de démocratie, de justice et de sobriété ».

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