Le piratage massif des données fiscales françaises, qui a exposé les informations de 43 millions de contribuables, a suscité une vive réaction dans le milieu de la cybersécurité. Selon des experts interrogés par Le Point, cet incident place la France en position de « ane de l'Europe » en matière de protection des données. L'attaque, qui a ciblé le système d'information de la Direction générale des Finances publiques (DGFiP), a été révélée en mars 2024, mais les données auraient été compromises dès 2023.
Une faille de sécurité majeure
Les données dérobées incluent des noms, adresses, numéros de sécurité sociale et déclarations de revenus. Selon la DGFiP, l'intrusion a été détectée après une analyse de routine, mais les experts estiment que le système aurait dû être mieux protégé. « On passe pour les anes de l'Europe en matière de cybersécurité », a déclaré un spécialiste cité par Le Point, soulignant que d'autres pays européens, comme l'Estonie, disposent de systèmes plus robustes.
L'incident a été confirmé par l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI), qui a ouvert une enquête. Selon l'ANSSI, les pirates ont utilisé une technique de « credential stuffing », exploitant des identifiants volés sur d'autres sites pour accéder aux comptes fiscaux. Au total, 43 millions de fichiers ont été exfiltrés, ce qui en fait l'une des plus grandes fuites de données en France.
Des conséquences pour les contribuables
Les contribuables concernés ont été invités à changer leurs mots de passe et à surveiller leurs comptes bancaires. La DGFiP a mis en place une cellule d'assistance téléphonique, mais de nombreuses personnes se sont plaintes de délais d'attente excessifs. Selon un porte-parole de la DGFiP, « des mesures de renforcement de la sécurité ont été prises, notamment l'activation de l'authentification à deux facteurs pour tous les comptes professionnels ».
Cependant, les experts estiment que ces mesures sont insuffisantes. « Le vrai problème est que la France a sous-investi dans la cybersécurité publique pendant des années », a déclaré un consultant en sécurité, cité par Le Point. Selon lui, le budget alloué à la protection des données fiscales est « bien en deçà des standards européens ».
Un appel à la réforme
Cet incident a relancé le débat sur la cybersécurité en France. Le gouvernement a annoncé un plan de 100 millions d'euros pour moderniser les systèmes d'information de l'État, mais les critiques estiment que cela ne suffit pas. « Nous avons besoin d'une refonte complète de notre approche, pas de rustines », a déclaré un expert cité par Le Point.
En attendant, les contribuables restent vulnérables. La DGFiP a précisé que les données bancaires n'ont pas été compromises, mais les experts préviennent que les informations volées pourraient être utilisées pour des tentatives d'usurpation d'identité. « C'est une bombe à retardement », a conclu le consultant. L'enquête de l'ANSSI se poursuit, tandis que la France tente de rattraper son retard en matière de cybersécurité.



