Un demi-siècle au service de la sécurité sur le Rocher
Bernard Braconi est commissaire depuis 1977. Il a vu tous les champions défiler sur le bitume monégasque. En 2010, en pleine intervention, il a frôlé le pire, de très près. Il les a tous vus avaler le bitume monégasque : la magie de Senna, le calcul de Prost, l’implacable domination de Schumacher, ou encore la hargne de Rosberg. Mais son tout premier frisson sur le podium de la Principauté remonte à l’ère des moteurs hurlants de 1977, lors du sacre de Jody Scheckter. Aujourd’hui, c’est avec une immense fierté que Bernard Braconi fait les comptes : « Cette année, c’est mon cinquantième ». Un jubilé d’or sur le circuit le plus exigeant du calendrier.
Du mythique « S de la Piscine » au tour de contrôle
Aujourd’hui perché dans la direction de course démontable (qui célèbre d’ailleurs sa dixième année), Bernard Braconi est l’un des chefs d’orchestre de la sécurité. En liaison constante via le banc de la FIA, son binôme et lui transmettent les directives aux signaleurs sur le terrain, décidant des drapeaux qui vont dicter le rythme du Grand Prix. Mais avant de prendre de la hauteur, Bernard a longtemps respiré l’odeur de la gomme brûlée. Il a connu tous les rouages de la machine. « J’ai commencé par la base, en tant que commissaire de piste. À ce moment-là, on était vraiment voué à l’intervention », se souvient-il. Son terrain de chasse ? Le redoutable et spectaculaire « S de la Piscine ». À une époque où les grillages de protection – aujourd’hui indispensables – n’existaient pas, l’immersion était totale. « On vivait la course, c’était génial ». La proximité avec les bolides était telle que des regards s’échangeaient avec les seigneurs du pilotage : « Des pilotes comme Senna, Martin Brundle, Olivier Panis, Jean Alesi, ce sont des coureurs qui faisaient attention à notre travail. On avait ce contact visuel ».
Un face-à-face paralysant avec Kubica
Être au ras de la piste à Monaco, c’est flirter en permanence avec le danger. L’anecdote la plus vertigineuse de sa carrière remonte au samedi des qualifications de l’édition 2010. La Sauber de Kamui Kobayashi perd un bout de carrosserie en pleine trajectoire. Relié à la direction de course qui surveille le tracking des monoplaces pour trouver la bonne fenêtre d’intervention, Bernard reçoit le feu vert pour nettoyer le bitume. Il s’élance. « J’ai à peine eu le temps de m’accroupir que j’entends une F1 arriver », raconte-t-il. C’était la Renault de Robert Kubica, déboulant à fond absolu. Le réflexe de survie du commissaire ? Une immobilité de marbre face au monstre d’acier. « J’ai pas bougé, je me suis dit qu’ils étaient habitués aux imprévus. De toute manière, on n’a même pas le temps d’avoir peur dans ces moments-là ». Du pur sang-froid.
La relève est sur la grille
Cinquante ans plus tard, l’amour du tracé monégasque coule toujours dans les veines de la famille Braconi. Le flambeau a été passé avec succès à son fils, Thibaut. Et l’histoire bégaie de la plus belle des manières : le jeune homme officie aujourd’hui comme commissaire de piste, très exactement au même endroit que son père à ses débuts. « La relève est assurée ! », conclut Bernard. Sur le Rocher, la course ne s’arrête jamais vraiment, et la dynastie Braconi veille au grain.



