Euphoria saison 3 : une fin désespérée et violente
Euphoria saison 3 : une fin désespérée

Attention spoilers : cet article dévoile des éléments de la saison 3 d’Euphoria ainsi que sa conclusion.

Une fin désespérée pour une série culte

Tout est mal qui finit mal. C’est le sentiment global que laisse le dernier épisode de la troisième et ultime saison d’Euphoria dévoilé lundi sur HBO, l’épilogue très attendu de la série de Sam Levinson lancée il y a sept ans.

En 2022, la saison 2 nous avait laissés sur la fin de l’adolescence de ces enfants perdus qu’étaient Rue (Zendaya), Maddy (Alexa Demie), Cassie (Sydney Sweeney) ou encore Nate (Jacob Elordi), et la clôture chaotique de leurs années lycée. Et ce sont des personnages à l’âge adulte que nous avons retrouvé au début de cette saison finale – qui se déroule cinq ans plus tard –, portés par des acteurs devenus depuis les plus bankables de leur génération.

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Dès les premières minutes, Sam Levinson annonce la couleur avec la course effrénée de Rue, devenue mule, pour passer la frontière entre le Mexique et les États-Unis : aucun répit (ni pitié) ne sera accordé à ses héros déjà malmenés par le passé. Chaque épisode ne cesse alors de mener les protagonistes vers la mort et les larmes et le spectateur vers une conclusion désespérée et violente. Une unhappy end éprouvante mais qui n’a rien de très étonnant.

Une ultime saison endeuillée

Les difficultés ont commencé après le naufrage de la série The Idol, également signée Sam Levinson, et avant même la diffusion de ce dénouement d’Euphoria qui s’est fait attendre. Des controverses autour de la série ont, dans une certaine mesure, conditionné son visionnage. Une ambiance toxique lors des tournages des saisons précédentes a été évoquée dans les médias et des rumeurs ont couru sur une mésentente potentielle entre le réalisateur et sa tête d’affiche Zendaya.

Il y a eu aussi le départ de l’actrice Barbie Ferreira, qui ne se retrouvait plus dans l’évolution de son personnage Kat, mais aussi celui du directeur musical historique de la série Labrinth, en désaccord avec la vision de Sam Levinson.

La série a également été tristement endeuillée par le décès en 2023 d’un de ses acteurs, Angus Cloud, alias Fez, mort d’une overdose accidentelle. Son absence et la douleur de sa disparition plane sur cette saison.

Des personnages féminins maltraités

À ce contexte peu serein dont il était difficile de faire l’impasse en tant que spectateur, se sont ajoutées les premières critiques sur le traitement des personnages féminins, maltraités du début à la fin de la saison. Et en effet, le récit multiplie les violences sexistes et sexuelles, tant physiques que psychologiques, sans oublier l’humiliation et l’obscénité. Certains journalistes, comme Marine Bohin, ont déploré l’aspect « torture porn » de la série et l’esthétisation de la souffrance.

L’hypersexualisation des femmes dans cette saison pose aussi question, dont Cassie, jouée par Sydney Sweeney, devenue star sur OnlyFans. Sydney Leathers, une créatrice de la plateforme, a dénoncé « beaucoup de choses ridicules et caricaturales ». Par ailleurs, que ce soit Cassie, Maddie (devenue agent de créatrices sur OnlyFans), Jules (qui gagne sa vie auprès d’un sugar daddy) ou Rue (au cœur d’un trafic de drogue et d’un club de strip-tease), toutes commercent de leur corps ou de celui des autres.

« La fin la plus honnête »

La saison 3 d’Euphoria est exténuante à regarder. Mais c’est aussi probablement tout le propos de Sam Levinson, tantôt dramaturge fou qui disloque ses héros (comme celui de Nate, coupé morceau après morceau par ses bourreaux, à qui il doit des millions, jusqu’à sa mort, tué dans un cercueil par un serpent à sonnette), tantôt témoin d’une crise sociétale.

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À commencer bien évidemment par l’épidémie des opioïdes aux États-Unis, incarnée par le personnage de Rue. Après s’être débattue pendant trois saisons avec ses addictions et son insatiable quête de rédemption, elle finit par mourir d’une overdose au milieu du dernier épisode. Une fin inévitable. « Je voulais raconter une histoire honnête autour de l’addiction. Et pour moi, la mort de Rue était la fin la plus honnête. Parce que la triste vérité pour les gens comme elle, c’est qu’ils ne s’en sortent pas », a estimé Sam Levinson dans un making-of posté par HBO, rapporte Première.

Plus globalement, le créateur de la série se plonge dans les multiples crises de la société états-unienne à l’ère Trump : le fléau du trafic de drogue, le racisme, le sexisme, le culte de l’image, les mensonges du rêve américain, la perte de sens et d’espoirs… Il était alors difficile de trouver une issue favorable à ce marasme. Fin de l’histoire ? Presque.

Contre toute attente, Sam Levinson, lui, ne se montre pas si pessimiste. « On vit dans un monde de merde. C’est ce que dit Lexi dans sa conversation avec Cassie, lorsqu’elle lit la Bible. Elle ne la comprend pas vraiment, mais elle sait que les gens meurent sans cesse et qu’il faut continuer à vivre. Il y a indéniablement une certaine fragilité. Mais c’est aussi une forme de renouveau. Si on arrive à se ressaisir, à prendre soin de nos proches et peut-être à croire en quelque chose qui nous dépasse, alors on pourra se construire un avenir », a confié le réalisateur au New York Times.