Un triplé olympique inédit pour les Bleues en biathlon
De notre envoyé spécial à Anterselva. Le DJ du site olympique d'Antholz pourrait prendre soin de demander aux groupes de supporteurs français leur playlist. Car les épreuves passent et ceux-ci restent les derniers dans l'enceinte de biathlon, bouillants à chaque podium, prêts à lancer une Marseillaise en bonus, et à s'enthousiasmer pour les dédicaces musicales de l'organisation, de L'Hymne à l'amour mardi aux Champs Élysées ce mercredi.
Un exploit historique dans les annales olympiques
Après le sacre des Bleues dans le relais féminin, une formule a été scandée par le public à de nombreuses reprises : « Et un, et deux, et trois relais ». Pour la première fois dans l'histoire des Jeux olympiques, une nation est en effet parvenue à claquer un triplé sur les relais. Inédit côté masculin, ce titre collectif féminin remontait aux Jeux d'Albertville 1992 pour l'équipe féminine.
Comment ce sacre a-t-il pu vite sembler être une évidence implacable, quatre ans après avoir fini seulement 6e à Pékin, avec Julia Simon comme seule biathlète commune ? C'est le fruit d'un « travail collectif hallucinant », selon l'entraîneur de cette équipe Cyril Burdet. OK, le premier relais ressemblait au scénario des garçons la veille, avec Camille Bened dans le rôle de Fabien Claude pour son tour sur l'anneau de pénalité post-tir debout, et le gros retard transmis à Lou Jeanmonnot derrière (16e, 55,8 secondes derrière la Suède).
Une démonstration de force collective
Mais la suite a tourné à la démonstration, avec une affaire bouclée avec 51,3 secondes d'avance sur les Suédoises, Julia Simon prenant au passage le temps de récupérer le drapeau tricolore pour franchir la ligne d'arrivée. « Plus les choses semblent faciles et plus ça démontre du travail », insiste Cyril Burdet, soulignant notamment qu'« Océane Michelon a écrasé le troisième relais qui était très relevé ».
C'est là la principale confirmation du jour pour les Bleues : elles ne dépendent pas uniquement de Lou Jeanmonnot et de Julia Simon, qui avaient été grandioses sur le relais mixte. « C'est le travail de plusieurs générations, un mélange entre des cadres qui ont pris en maturité et les jeunes qui arrivent et qui veulent nous pousser dehors avec une grosse envie, estime Julia Simon. Ça donne une émulation incroyable en équipe de France. »
Cyril Burdet poursuit : « Il y a une formation française qui marche bien, on peut s'appuyer sur des gros talents chez les titulaires, les remplaçantes ou les filles d'IBU Cup. Aujourd'hui elles sont quatre sur la piste mais elles pourraient potentiellement être dix sur ce relais. Ça nous donne des cheveux blancs, à nous les coachs, pour faire des choix parmi ce qui se fait de mieux au niveau international ».
La concurrence impressionnée par la domination française
Que dit exactement la concurrence de cette domination qui est apparue outrageuse ce mercredi, avec à la clé le plus gros écart dans un relais féminin olympique depuis les JO de Lillehammer 1994. Victorieuse du sprint à Anterselva, Maren Kirkeeide était tout sourire, la médaille de bronze autour du cou : « C'est vraiment impressionnant de voir ce que les Françaises ont accompli. Je leur ai dit que leur tour de pénalité avait été une bonne chose, sinon on n'aurait à aucun moment pu chercher à s'accrocher à elles ».
Même si c'est sur le ton de l'humour, cette réflexion de la Norvégienne en dit long sur l'habitude quasiment actée depuis de longs mois en Coupe du monde de voir les Françaises régner sur le relais. « Elles ne sont pas imbattables mais c'est une équipe super forte et inspirante, explique de son côté Linn Gestblom, vice-championne olympique avec la sélection suédoise ce mercredi. Nous sommes extrêmement satisfaites par notre médaille. La France est très dure à battre mais c'est possible de le faire. »
Le Suisse Jean-Marc Chabloz, justement entraîneur de la Suède, s'est tout de même senti impuissant sur ce relais des JO de Milan-Cortina 2026. « On ne part pas dans l'idée de se battre seulement pour la 2e ou la 3e place. On a quatre filles qui peuvent lutter avec la France, sur le papier... C'est juste qu'aujourd'hui, la France est tout là-haut et nous en dessous, c'est comme ça. Je suis impressionné par tout le travail là-bas. C'est vrai qu'une fois que l'équipe de France a pris la tête, malgré son lourd retard du premier relais, je savais qu'elle serait imbattable. Le gros travail effectué actuellement en France m'impressionne mais ça tourne vite en biathlon. »
Savourer une forme éclatante et collective
Les nouvelles championnes olympiques en sont conscientes, et elles veulent savourer leur forme éclatante en Italie, collectivement matérialisée par 10 médailles dont 5 titres pour le biathlon (soit 59 % du bilan total de la délégation française sur ces Jeux).
« Il y a eu des moments difficiles dans le biathlon français, avec des hauts et des bas, rappelle ainsi Julia Simon. Le haut niveau, ça n'est pas linéaire et je pense qu'on est dans les très bons moments, profitons-en. D'autant que même aujourd'hui, on n'est jamais à l'abri d'une défaillance. Mais c'est vrai que c'est agréable de ne pas avoir besoin de se faire mal sur un dernier tour et de finir comme Eric [Perrot] hier. »
Enorme pour creuser un écart qui s'avérera définitif, Océane Michelon apprécie elle aussi ce scénario moins : « Gagner ainsi, ça témoigne d'une réalisation collective pleine. On a actuellement une densité qui nous permet de tout le temps repousser nos limites. On ne sent pas des adversaires résignées et on ne part jamais en se disant qu'on a de la marge. Le biathlon, c'est un éternel recommencement et on l'a bien vu cet hiver en faisant une fois 8es et une fois 4es en relais. On n'est pas parfaites. »
Un talon d'Achille et des défis humains
Certes, mais l'impression de marge sur la concurrence était criante sur ce relais féminin. À tel point que l'incertitude autour de l'identité de la dernière relayeuse de l'équipe, entre Camille Bened et Justine Braisaz-Bouchet est à relativiser avec l'actuel trio « cheat code » de médaillées en individuel (Simon-Jeanmonnot-Michelon), comme le formulaient des biathlètes norvégiens et allemands après le relais mixte.
Il reste tout de même un talon d'Achille dans cette équipe de France féminine : la vie de groupe pour le moins délicate depuis le début de l'affaire Julia Simon fin 2022. Présent à Anterselva pour ce sacre des biathlètes féminines, le président de la Fédération française de ski Fabien Saguez est revenu là-dessus avec franchise.
« Il y a eu des situations à gérer, à assumer, et tout le monde a pris sa part de responsabilités, indique-t-il. Le staff a fait un boulot extraordinaire pour tenir la situation. Humainement, la situation a été extrêmement bien gérée, elle a permis de conserver une équipe solidaire comme on le voit sur ces JO ». Pour autant, a-t-il pu lui-même douter de la réussite sur ces Jeux olympiques au vu des tensions entre plusieurs biathlètes des Bleues ?
« La mécanique humaine est la plus compliquée à gérer, reprend Fabien Saguez. Personnellement, j'ai été très inquiet et très attentif à la situation. On n'a jamais abandonné personne et les biathlètes le rendent bien sur ces Jeux. »



