Jeux Paralympiques 2026 : le combat invisible des athlètes français face à leur handicap
Paralympiques 2026 : le quotidien invisible des sportifs handicapés

Le combat invisible des athlètes paralympiques français

Alors que les Jeux Paralympiques d'hiver de Milan-Cortina 2026 battent leur plein, deux figures emblématiques du sport français, Arthur Bauchet et Cécile Hernandez, se confient sur la réalité souvent méconnue de leur quotidien. Entre traitements médicaux intensifs, adaptation permanente et invisibilisation de leur condition, leur parcours révèle une résilience exceptionnelle.

Arthur Bauchet : vivre avec la paraparésie spastique

Installé sur une chaise lors d'un entretien accordé à l'AFP en février dernier, le skieur paralympique Arthur Bauchet fait remarquer avec une certaine ironie : "Ça tremble encore pendant l'interview". Ses deux jambes sont en effet prises de spasmes permanents, symptôme caractéristique de la paraparésie spastique, une maladie neurologique diagnostiquée à ses 14 ans.

Cette pathologie ne l'a pas empêché de décrocher trois titres paralympiques en para ski alpin à Pékin en 2022, ni de récolter récemment la médaille d'argent en descente en Italie. Pourtant, les images diffusées à la télévision d'une douloureuse crise survenue après sa médaille de bronze en slalom géant avaient pu surprendre le public.

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"J'ai une activité musculaire constante, ça coûte à ton corps", explique le sportif de 25 ans. La maladie évolue régulièrement, entraînant de nouvelles douleurs particulièrement intenses. "Notamment de grosses crises dans les quadriceps, apparues en octobre, comme de grosses décharges électriques. À certains moments, ça a duré presque 40 minutes".

Un traitement médical particulièrement lourd

Le traitement d'Arthur Bauchet s'est considérablement alourdi au fil du temps. "Pour les cachets, je suis au maximum de ce qu'on peut donner, neuf par jour", révèle-t-il. À cela s'ajoutent des injections régulières de toxine botulique et des difficultés croissantes avec son équipement sportif. "Je supporte de moins en moins mes chaussures de ski à cause de crampes aux mollets".

Cette évolution a nécessité une adaptation radicale de son entraînement. Thomas Frey, son entraîneur chez les Bleus, explique : "Après ces douleurs en octobre, on a fait une réunion et on s'est dit qu'il ne pouvait plus se permettre d'arriver le matin et de faire dix manches. C'est comme un athlète qui s'est pété quatre fois les genoux, il faut viser le qualitatif et non plus le quantitatif".

Cécile Hernandez : s'entraîner contre la progression de la maladie

De son côté, Cécile Hernandez, atteinte de sclérose en plaques, une maladie auto-immune du système nerveux central, adopte une approche différente. La snowboardeuse de 51 ans, sacrée championne paralympique en snowboard cross dimanche dernier, s'entraîne "encore plus souvent" car "quand je ne bouge pas, la maladie progresse".

Après sa victoire, elle a subi de fortes douleurs aux jambes, qui ont progressivement perdu en force au fil des années. "C'était exigeant, il fallait taper dans les jambes. Et à l'arrivée j'avais du mal à parler", confie-t-elle.

Son quotidien est rythmé par des adaptations constantes : alimentation spécifique, matériel sportif personnalisé avec "des planches plus faciles à manier", et ajustements selon ses sensations du jour. "En fonction des matins, si j'ai plus ou moins de sensations dans les jambes, on adapte le matériel et les boots".

L'importance cruciale du repos et de la récupération

Les phases de repos sont devenues un élément essentiel de leur préparation. Arthur Bauchet, qui bénéficie également de séances de kinésithérapie et de douches chaudes, reconnaît : "Cela me fait encore plus de bien qu'avant, j'arrive à me détendre encore plus. Après, peut-être que mon corps a compris que de toute façon je n'allais pas m'arrêter. Il peut continuer à me faire mal, autant se détendre !"

Le défi de l'invisibilité et des préjugés

Leur handicap, quasiment invisible une fois lancés sur les pistes, donne pourtant encore lieu à des interrogations, voire des remarques déplacées dans un monde où les athlètes concourent par catégories de handicap.

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Cécile Hernandez témoigne : "Je l'entends de la part de concurrentes... mais je suis passée six fois devant des conseils médicaux, donc je suis légitime. En plus avec une maladie dégénérative, on ne sait jamais comment cela va évoluer dans la journée".

Arthur Bauchet, quant à lui, évoque avec humour les préjugés auxquels il fait face : "Le nombre de fois où l'on m'a dit que je faisais du cinéma, j'ai envie de dire : les gars, si c'est le cas, je suis vraiment bon !"

L'éducation comme clé de la compréhension

Impliqué dans une association qui œuvre pour la visibilité du handicap invisible, Arthur Bauchet est convaincu que la compréhension passera par l'éducation. "Les Jeux sont le meilleur moyen de le faire", affirme-t-il, soulignant le rôle crucial des compétitions paralympiques dans la sensibilisation du grand public.

Ces témoignages poignants révèlent ainsi la double performance des athlètes paralympiques : exceller dans leur discipline tout en gérant au quotidien les contraintes et les douleurs liées à leur handicap. Une réalité qui mérite d'être mieux connue et reconnue, bien au-delà des simples performances sportives.