50 ans de Grand Prix de Monaco : l'œil du photographe Bernard Asset
50 ans de GP de Monaco : l'œil du photographe Bernard Asset

Boîtier en main, il mitraille la F1 depuis le milieu des années 70. Avant de repartir pour un tour en bord de piste cette semaine au pied du Rocher, le photographe varois Bernard Asset plonge dans ses souvenirs monégasques.

Un demi-siècle à fond dans l’objectif

Bernard Asset a mitraillé plus de 500 Grands Prix depuis 1973. Sa trajectoire de chasseur d’images sur les circuits de la planète F1 est jalonnée de plus de 500 Grands Prix. « Désolé, je ne tiens pas ma comptabilité à jour… mais je dois en totaliser au moins 520 maintenant », s’excuse presque Bernard Asset quand on lui demande de quantifier un parcours professionnel XXL ayant accouché d’une production iconographique aussi pléthorique que magnifique. Chez lui, à Bandol, l’un des photographes les plus réputés du paddock conduit sa « Ph’Auto Gallery », sise 19 rue du Dr Louis Marçon, dont les murs sont tapissés de multiples empreintes saisissantes. Si vous passez dans les parages, la visite mérite le détour. Sauf durant le week-end du Grand Prix de Monaco, of course ! Un champ d’action à nul autre pareil qu’il sillonne depuis près de cinquante ans comme l’illustre ce flash-back en six chapitres.

La première photo

La fameuse Tyrrell P34 à six roues de Patrick Depailler en action lors du Grand Prix de Monaco 1977. « Je pensais que le tout premier reportage au Grand Prix de Monaco datait de 1976. Mais non… Vérification faite, c’était en 1977. AUTOHebdo m’avait demandé de couvrir les courses annexes en Principauté. Donc j’œuvrais essentiellement sur la Formule 3. Une épreuve remportée par Didier Pironi cette année-là. Découvrir un tel monument du sport automobile, bien sûr, ce fut un moment particulier pour moi, jeune photographe. Un choc visuel, d’abord, parce que vous pouvez presque toucher les monoplaces en tendant le bras. D’autant qu’il y avait beaucoup moins de grillages que maintenant. Comme on ne comptait pas sur moi pour les photos de F1, aucune pression. J’ai pu explorer le terrain tranquillement. Et si je dois sortir une photo du lot, je choisis celle de la Tyrrell P34 à six roues enroulant l’épingle du Loews (l’actuel hôtel Fairmont) aux mains de Patrick Depailler. Engin extraordinaire. »

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La photo choc

Départ de l’édition 1980 : dans le goulet de Sainte-Dévote, la Tyrrell de Derek Daly en vol plané au-dessus de la McLaren d’Alain Prost avant d’atterrir sur l’autre Tyrrell pilotée par Jean-Pierre Jarier. Une image qui figure dans tous les livres d’histoire du Grand Prix de Monaco. « Sans hésiter, la cabriole de la Tyrrell de Derek Daly lors du départ du Grand Prix de Monaco 1980. À l’époque, il y avait une tribune installée sur la rue surplombant le goulet de Sainte-Dévote. Je m’étais installé au pied de ces gradins, donc en hauteur, tandis que mes confrères travaillaient au ras de la piste. Voilà pourquoi on a une belle perspective avec toutes les voitures. Ceci dit, je n’ai guère de mérite. Je suis au bon endroit, au bon moment, et je mitraille. Mais grâce à la force de diffusion de l’agence Vandystadt, qui gérait alors ma production, cette photo pour le moins spectaculaire a été publiée dans plein de magazines généralistes. Pas seulement dans les revues spécialisées. Et encore maintenant, chaque année, je la vois régulièrement fleurir ici et là. »

La photo emblématique

Le recordman Ayrton Senna au sommet de son art. « Impossible de passer à côté d’Ayrton Senna. Recordman indéboulonnable (6 victoires à Monaco) ! J’aime bien ce zooming sur le cockpit pris depuis l’intérieur de l’épingle, en 1990. Tant qu’on pouvait s’installer à cet endroit, nous étions souvent une dizaine de photographes jouant des coudes. L’accès est désormais interdit. Sans doute parce que certains piétinaient trop les massifs de fleurs… Ce jour-là, je suis posté à deux mètres de sa McLaren maximum. Pour obtenir un tel effet, il faut sélectionner une vitesse d’obturation un peu lente. Et au moment de déclencher, vous donnez un coup de zoom rapide. Dans ce genre de photo, il y a souvent pas mal de déchet. Celle-ci me tape dans l’œil parce que l’avant du casque apparaît relativement net. C’était l’idée. »

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La photo manquée

« J’ai raté celle d’Olivier Panis vainqueur ! Tout simplement car, pour une fois, je n’étais pas à Monaco. Impression de commencer à tourner en rond ? Ou crise de la quarantaine, peut-être ? En janvier 1996, je décide de prendre une année sabbatique. Cap sur les États-Unis où je visite le salon de Detroit avant de m’installer à New York avec comme but de démarcher des agences de pub et des magazines pour leur faire des photos de mode. Un matin, je me retrouve donc dans l’un de ces bars diffusant des événements sportifs. Sur les écrans, il n’y avait que du baseball ou du foot US ! Le gars à qui je demande de regarder le Grand Prix de Monaco me prend pour un fou. Finalement, je le vois en entier… mais sans le son. Dommage de ne pas avoir immortalisé ce mémorable tour d’honneur de la Ligier avec le drapeau français flottant au vent. »

La photo people

1985 : quand Jackie Stewart croise la route de Tony Curtis sur la pitlane. « Moi, je préfère les pilotes aux stars. Je ne me renseigne jamais sur les invités de marque attendus. En sachant bien qu’à Monaco, les célébrités, vous les croisez sans les chercher. En 1985, par exemple, au beau milieu de l’ancienne pitlane, je suis tombé par hasard sur Tony Curtis, en pleine discussion avec Jackie Stewart. Ce dernier officiait alors en tant que consultant télé, je pense. Il venait juste d’échanger son casque arborant le fameux tartan écossais contre le chapeau de cow-boy de l’acteur. »

Le spot photo numéro 1

« Pff, pas facile de désigner un coin en particulier. Il y a tellement d’endroits photogéniques sur ce circuit. Allez, j’ai quand même une petite tendresse pour l’épingle du Fairmont. Tout l’enchaînement me plaît, à vrai dire, depuis le virage Mirabeau. Parce qu’il offre une multitude d’angles différents. Sans se déplacer, ou presque, en peu de temps, vous pouvez engranger des vues variées avec des décors grandioses. »