Julia Simon, championne olympique, exprime sa colère envers les médias après son triomphe
Julia Simon, championne olympique, en colère contre les médias

Julia Simon, championne olympique, exprime sa colère envers les médias après son triomphe

De notre envoyé spécial à Anterselva, la scène était inattendue. Julia Simon, fraîchement sacrée championne olympique de l'individuel en biathlon aux Jeux d'hiver de Milan-Cortina 2026, a surpris tout le monde en imitant le geste de Samir Nasri. En plaçant son index devant la bouche et en se tournant vers la zone des médias, la biathlète savoyarde a rappelé la célèbre réaction de l'ancien milieu de terrain français après un but à l'Euro 2012. Cette manifestation de rage contraste avec sa sérénité affichée depuis le début des Jeux, où elle a brillé avec un 10/10 au tir sur le relais mixte et un 19/20 ce mercredi, devançant sa compatriote Lou Jeanmonnot de 53,1 secondes dans un doublé tricolore éclatant.

Une condamnation judiciaire qui pèse

Lors de son passage au micro d'Eurosport, Julia Simon a rapidement expliqué les raisons de son courroux. « Maintenant, ce que j'aimerais, c'est qu'on me foute la paix, en toute honnêteté, parce que j'ai encore lu des choses hier soir qui ne font pas plaisir », a-t-elle déclaré. Elle a ajouté : « Je pense que j'ai prouvé que j'avais ma place aujourd'hui, déjà avant, et que je n'ai plus rien à prouver à personne. Maintenant, j'aimerais juste qu'on me laisse faire mon biathlon. » Cette réaction fait écho à l'affaire de vol et de fraude à la carte bleue qui l'a impliquée il y a plus de trois ans, avec sa coéquipière Justine Braisaz-Bouchet parmi les victimes. Condamnée fin octobre 2025 à trois mois de prison avec sursis et 15 000 euros d'amende, après avoir avoué sa faute devant le tribunal correctionnel d'Albertville, la lauréate du gros globe de cristal 2023 poursuit : « La page a été tournée au sein de l'équipe. On a parlé, maintenant, on est là pour gagner des médailles. S'il vous plaît, arrêtez, que ce soit les médias ou les gens, ça serait vraiment appréciable pour tout le monde. »

Émotion et revanche sur le podium

Après avoir difficilement retenu ses larmes durant la Marseillaise, sous les flocons d'Antholz, Julia Simon s'est dirigée vers la zone d'interview. Son courroux visait spécifiquement un journaliste de L'Équipe, à qui elle a lancé : « Toi, tu ne poses pas de question. » La veille, ce confrère avait publié un article revenant sur les tensions au sein de l'équipe de France féminine de biathlon, ce qu'elle n'a pas apprécié à la veille d'une telle échéance sportive. Cela illustre un sentiment de revanche plus global envers l'opinion publique en France.

Retour sur un parcours remarquable

Sans transition, à la première question sur le plus beau jour de sa vie, Julia Simon a retrouvé un franc sourire. « Ça reste du sport mais ça amène des émotions incroyables et un sentiment de fierté », confie-t-elle. « Sportivement parlant, c'est peut-être le plus beau jour oui, c'était un rêve de gosse. J'étais très émue sur le podium parce que tous les moments de doute, les bons moments, les personnes qui m'ont accompagnée, tout ça remonte alors. » L'échec des JO de Pékin 2022 semble désormais très loin. Julia Simon décrypte son évolution : « L'individuel, ça n'était pas du tout ma course de base. L'année dernière était difficile pour moi, je n'étais pas bien sur les temps de ski. J'ai appris à faire les choses différemment, à être plus patiente, à vraiment me calmer… et à mettre les balles ! Aujourd'hui, quand je loupe une balle, j'arrive tout de suite à l'analyser et à ne pas refaire cette erreur. » Ravie de son « back to back » sur l'individuel, incluant les Mondiaux 2025 de Lenzerheide, elle efface ainsi son expérience mitigée de Pékin.

Une capacité psychologique exceptionnelle

L'entraîneur des Bleues, Cyril Burdet, confirme les qualités de Julia Simon. « Elle se transcende sur les grands événements, ça n'est pas donné à tout le monde », rappelle-t-il. « Elle me surprend tous les jours par sa capacité psychologique hors normes. Dans la dernière bosse, quand je lui annonce qu'elle joue la gagne avec Franziska Preuss, je me dis qu'elle sera vraiment difficile à aller chercher vu sa montée. » Avec un troisième temps sur les skis ce mercredi, à 31,2 secondes de Lou Jeanmonnot, et son adresse chirurgicale au tir, Julia Simon n'a sans doute pas fini de surprendre. « Depuis qu'on est là, je la trouve vraiment prête. Il y a à la fois de la décontraction, de la détermination et une énorme sérénité dans tout ce qu'elle fait », liste Cyril Burdet.

Un parcours marqué par la résilience

Cette sérénité n'était pas acquise, vu sa suspension d'un mois par la fédération en début de saison. Seulement 12e du général de la Coupe du monde, elle est métamorphosée. Julia Simon reste lucide : « Je n'ai jamais été la meilleure fondeuse ni la meilleure shooteuse », reconnaît-elle. « On m'avait dit que je ne serais qu'une biathlète de coups. Ça m'avait vexée car j'avais envie d'être une biathlète régulière. Il n'y a pas beaucoup de monde qui avait mis des pièces sur moi au début. C'est donc une grande fierté d'être devenue une bonne biathlète. » Quadruple championne du monde individuelle et désormais double championne olympique, on peut effectivement parler d'une biathlète exceptionnelle.