Un nom qui résonne dans l'histoire du handball
Même pour les observateurs occasionnels du handball, le nom de Talant Dujshebaev évoque immédiatement des souvenirs marquants. Peut-être de l'époque des Barjots, lorsqu'il menait l'éphémère équipe de la CEI, construite sur les cendres de l'URSS, au titre olympique de 1992. Ou peut-être des débuts de l'ère Claude Onesta, quand il dirigeait encore l'Espagne sur les parquets internationaux à plus de 30 ans, au début des années 2000.
Quoi qu'il en soit, Talant Dujshebaev n'est pas un nom que l'on oublie facilement, au-delà de son talent exceptionnel qui lui vaut d'être cité parmi les légendes de l'histoire du handball mondial.
Un véritable électrochoc pour les Bleus
Sa nomination mardi au poste de sélectionneur de l'équipe de France, en remplacement de Guillaume Gille qui a connu l'échec de trop lors du dernier Championnat d'Europe (7e place, après la 8e aux Jeux Olympiques de Paris), constitue un véritable tournant stratégique.
Ce n'est pas si fréquent qu'un technicien étranger prenne les rênes d'une équipe aussi prépondérante dans l'histoire du sport français. C'est même extrêmement rare au handball, puisque cela n'était plus arrivé depuis le court mandat de l'Allemand Bernhard Kempa en 1958.
« On a besoin d'un électrochoc », a justifié le président de la Fédération française de handball Philippe Bana. « On refuse l'idée que l'équipe de France est moins forte qu'avant. »
Une équipe française aux performances arythmiques
Intrinsèquement, l'équipe de France n'est pas moins talentueuse, il suffit d'observer les individualités qui la composent – Dika Mem, Ludovic Fabregas, Nedim Remili, pour ne citer qu'eux. Mais sa force collective s'étiole depuis quelques années, c'est une certitude.
La France est une équipe capable de grimper sur un podium mondial (2023, 2025) comme de s'effondrer de manière totalement inattendue lors d'un rendez-vous crucial (2024) ou de se faire ridiculiser lors d'un Championnat d'Europe (2020). En un mot, « arythmique », comme la définit assez justement Philippe Bana. Une nation au pouls filant, imprévisible. C'est précisément cela que Talant Dujshebaev doit changer.
Le statut de numéro 1 mondial incontestable
La Fédération est allée le chercher pour son statut de « numéro 1 incontestable mondialement ». Elle a très bien fait, estime Jérôme Fernandez. L'ancien capitaine des Bleus (390 sélections) a tout gagné avec cette équipe, et il connaît bien l'entraîneur hispano-kirghiz pour avoir été sous ses ordres pendant deux saisons à Ciudad Real (2008-2010).
Contacté ce mercredi matin, il n'a que des compliments à faire : « De par son parcours, il connaît toutes les cultures de jeu au niveau mondial. Tactiquement, c'est quelqu'un de très minutieux. Je me rappelle, à Ciudad Real, on faisait une heure de vidéo tous les jours, soit pour débriefer le match et dégager des pistes de progression, individuelles et collectives, soit pour préparer les matchs. Il ne laisse vraiment aucune place au hasard. Et surtout, c'est un meneur d'hommes incroyable, capable par sa poigne de tenir un vestiaire et les ego. »
Un charisme et une exigence exceptionnels
Ce dernier aspect est fondamental. Dujshebaev est un coach extrêmement charismatique. « Physiquement et psychologiquement, il en impose beaucoup », reprend Fernandez, qui décrit aussi un homme qui n'hésite pas à bousculer ses joueurs si nécessaire.
« Oui, il est dur et colérique. Mais il l'est à bon escient et de manière assez juste. C'est pour ça qu'il est respecté par tous les joueurs qui sont passés sous ses ordres. Il a un caractère très fort, c'est quelqu'un qui est 24 heures sur 24 focus sur l'attitude des joueurs, le rendement à l'entraînement, les performances, etc. Et qui est surtout très focus sur la réussite collective, au-delà de l'utilisation des joueurs. »
Un palmarès impressionnant en club
L'ancien demi-centre, né à Frounzé à l'époque soviétique (aujourd'hui Bichkek, au Kirghizistan), s'est appuyé sur sa longue carrière de joueur pour façonner l'entraîneur qu'il est devenu. Avec succès, du moins en club.
Car si ses passages à la tête de la Hongrie (2014-2016) puis de la Pologne (2016-2018) sont oubliables, son palmarès avec Ciudad Real (2005-2013) puis Kielce (depuis 2014) est éloquent :
- Quatre Ligues des champions
- Autant de finales européennes
- Trente titres nationaux
« Quand on n'a pas été dans son vestiaire, on ne peut pas prendre la pleine mesure de ce qu'est Talant Dujshebaev en tant qu'être humain, par rapport à son caractère et à ce qu'il peut mettre en place aussi au niveau du handball. Mais son CV parle pour lui », éclaire Fernandez.
Un amoureux de la France
Pour ne rien gâcher, l'homme est « un amoureux de la France », qui a nommé l'un de ses deux fils (internationaux espagnols) Daniel en hommage à Daniel Constantini, rappelle Philippe Bana.
Dans le circuit depuis bientôt quarante ans, le champion du monde 1993 connaît le milieu comme sa poche. Il sait comment les choses fonctionnent, avec qui parler, de quelle manière. Pas inutile parfois. « Il est énormément respecté par les instances. Quand il râle un peu, ça a de l'impact », poursuit l'ex-capitaine de l'équipe de France.
Un choc culturel à venir pour certains joueurs
Certains comme Nicolas Tournat, Dylan Nahi, Benoît Kounkound ou Théo Monar connaissent déjà le personnage pour l'avoir côtoyé en club. « Par contre, pour les autres, ça va être un vrai choc culturel. Il va falloir vraiment qu'ils soient en capacité de s'adapter à ce que va demander Talant », projette Fernandez.
Voilà en tout cas un vent nouveau qui souffle autour d'une équipe de France de handball, qui en avait bien besoin après les déceptions récentes. La mission de Talant Dujshebaev sera de redonner du rythme et de la constance à cette équipe talentueuse mais trop imprévisible.



