Vente de la Coupe du monde : l'Europe prépare la fronde contre Infantino
Vente du Mondial : l'Europe en guerre contre Infantino

La révélation du projet de vendre la Coupe du monde en petits morceaux à des investisseurs privés, dont l'entourage proche du président américain Donald Trump, a provoqué une onde de choc dans le monde du football. Alors que Gianni Infantino cumule les controverses – Mondial à 64 équipes, nouveau Mondial des clubs, Prix de la paix pour Trump, levée de la suspension de Balogun –, cette nouvelle initiative pourrait bien être celle de trop. Selon le média américain Politico, les dirigeants européens envisagent sérieusement de présenter un candidat face au patron de la FIFA lors de l'élection de mars prochain.

Une opposition européenne se dessine

D'après Politico, qui a confirmé l'information auprès de trois hauts responsables du football international, des discussions ont débuté pendant la Coupe du monde pour trouver un consensus autour du nom de Nasser al-Khelaïfi. Le président du Paris Saint-Germain et de beIN Media Group est considéré comme un homme providentiel par les instances européennes. Entré au conseil exécutif de l'Association européenne des clubs (ECA) en 2016, il en est le président depuis 2021. Il siège également au comité exécutif de l'UEFA depuis 2019 et au Conseil de la FIFA depuis 2025. Malgré ses liens avec le Qatar et des accusations de conflit d'intérêts, son profil séduit.

Mercredi, un porte-parole de Nasser al-Khelaïfi a démenti ces rumeurs : « Nasser n'a absolument aucune ambition, aucune intention, aucun intérêt pour le poste à la FIFA », a-t-il déclaré au média américain. Mais comme le souligne un responsable de l'Union européenne, « les planètes sont alignées ». Le temps presse : huit mois seront nécessaires pour convaincre les 211 fédérations membres, chacune disposant d'une voix, du Panama aux Îles Cook.

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Le système Infantino verrouillé par les « petits » pays

Infantino s'appuie sur ce système pour se maintenir au pouvoir. En élargissant la Coupe du monde et en promettant davantage d'argent, il s'assure le soutien des fédérations modestes. Les confédérations africaine (CAF) et asiatique (AFC) représentent à elles deux 110 pays membres, soit plus de la moitié des voix. La CAF est d'ailleurs la seule à n'avoir pas critiqué le projet, promettant « d'examiner et d'évaluer l'initiative proposée ». L'AFC et la Concacaf ont regretté le manque de concertation, mais sans annoncer d'opposition ferme.

Miguel Maduro, ancien président du comité de gouvernance de la FIFA, estimait pendant le Mondial qu'une révolte était peu probable : « Infantino va rester au pouvoir. La FIFA génère des revenus colossaux, et son président utilise cet argent pour récompenser les fédérations loyales via les programmes de développement. » Cependant, présenter un candidat d'opposition obligerait à une véritable campagne, exposant des idées et ouvrant un débat démocratique. Actuellement, le président peut être élu par acclamation s'il est seul en lice, comme en 2023.

L'Europe, berceau du football, en première ligne

Face au mécontentement, Infantino a défendu son projet dans une vidéo mercredi soir, parlant d'« une proposition, une offre » dans le cadre d'un « processus démocratique ». « Surtout, c'est une opportunité, mais pas une obligation », a-t-il martelé, en contradiction avec la date butoir du 19 septembre imposée aux fédérations pour adhérer à la « FIFA Forward Enterprise », sous peine de perdre une partie des revenus.

L'Europe, même isolée, dispose d'arguments de poids. Elle est le berceau du football, ses compétitions de clubs sont les plus suivies, les meilleurs joueurs y évoluent et elle domine la Coupe du monde : sept des dix derniers vainqueurs, deux tiers des finalistes et 60 % des demi-finalistes sur 23 éditions. « L'Europe est le nerf de la guerre, et surtout le nerf du business, parce que c'est elle qui a l'argent », explique Jean-Baptiste Guégan, expert en géopolitique du sport, à l'AFP. « C'est donc à l'UEFA de se bouger et l'Union européenne sera derrière. » Une menace de boycott de la prochaine Coupe du monde pourrait faire son effet, mais avant cela, le Vieux Continent semble déterminé à bousculer le prince de la FIFA dans son propre royaume.

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