L'Europe du football fait bloc contre le projet de la FIFA d'ouvrir le capital de ses compétitions à des investisseurs privés. Réunie en urgence, l'UEFA a annoncé que ses 55 associations membres « rejettent unanimement et sans équivoque la proposition de la FIFA de transférer des parts de la propriété de la Coupe du monde et des autres compétitions de la FIFA à des investisseurs privés ».
Une menace de boycott sans précédent
Dans un communiqué publié à l'issue de cette réunion exceptionnelle, l'instance européenne précise : « À la suite de la discussion d'aujourd'hui, aucune équipe nationale de l'UEFA ne participera à aucune compétition de la FIFA tant que ces propositions resteront d'actualité. » Cette décision unanime représente une escalade majeure dans le conflit qui oppose les deux instances.
La Coupe du monde féminine 2027, qui doit se dérouler au Brésil, serait la première compétition concernée par un éventuel boycott. Mais l'UEFA n'exclut pas d'étendre cette mesure aux Mondiaux masculins de 2026 (États-Unis, Canada, Mexique) et 2030 (Espagne, Portugal, Maroc).
Un projet contesté dès son annonce
La FIFA a proposé la création d'une société commerciale distincte, chargée de gérer les droits marketing et télévisuels de ses compétitions phares. Cette entité serait ouverte à des fonds d'investissement et des partenaires privés, une première dans l'histoire de l'instance mondiale. Selon des sources proches du dossier, l'objectif est de maximiser les revenus face à la concurrence des ligues privées et des clubs riches.
Les fédérations européennes craignent une perte de contrôle démocratique et une transformation du football en produit financier. « Cela remet en cause l'équilibre du football mondial », a estimé un dirigeant européen sous couvert d'anonymat.
Les réactions des principales fédérations
Les fédérations allemande, anglaise, française et italienne ont rapidement soutenu la position de l'UEFA. La Fédération française de football (FFF) a salué « une position ferme et nécessaire pour préserver l'intégrité du sport ». De son côté, la FIFA a déploré « une réaction disproportionnée » et appelé au dialogue, tout en rappelant que son projet vise à « financer le développement du football partout dans le monde ».
Le Conseil de la FIFA, qui doit statuer sur ce projet lors de son prochain congrès en mai 2025, se trouve désormais sous pression. Les 55 voix de l'UEFA représentent un bloc important, mais non majoritaire face aux 211 associations membres.
Un bras de fer historique
Ce conflit s'inscrit dans une série de tensions entre la FIFA et l'UEFA, notamment sur le calendrier surchargé, la Coupe du monde biennale (projet abandonné) ou encore la réforme des compétitions de clubs. L'UEFA semble déterminée à défendre son modèle face à ce qu'elle considère comme une mainmise des intérêts privés.
La prochaine échéance décisive sera le congrès extraordinaire de la FIFA, où les statuts de la nouvelle société devront être approuvés. En attendant, l'UEFA prépare des contre-propositions et n'exclut pas de saisir le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) si la FIFA passait outre.



