De notre envoyé spécial à Budapest,
Fais-moi mal, Johnny, Johnny, Johnny. Un an après avoir fait de l'Inter sa piñata dans une finale de Ligue des champions qui marquera à jamais l'histoire de la Coupe d'Europe, devant des supporters en lévitation dans une Allianz Arena aux gros airs de Virage Auteuil, le PSG s'apprête ce samedi à défendre son titre et réaliser un double-double à peine croyable, contre Arsenal, le champion d'Angleterre en titre, reconverti depuis deux saisons en véritable bétonnière imprenable, quitte à y laisser une partie de son ADN sur le bas-côté.
Si la joie ressentie ce soir-là n'aura jamais plus d'équivalent dans l'histoire du club, les fans du PSG n'auraient-ils pas envie cette année de vivre un scénario moins couru d'avance, quitte à en baver pendant 90 ou 120 minutes pour goûter à la véritable ivresse, celle qui ne s'obtient que dans la douleur, la sueur, le sang et les larmes ?
Côté PSG, les avis sont partagés
C'est une question qui mérite d'être posée quand on est le PSG de Luis Enrique et qu'on a sorti le grand Bayern de Munich au tour précédent, au terme de deux matchs où le monde entier a été placé sous assistance respiratoire, histoire de boucler la boucle en beauté. Sur le papier, bien sûr, certains supporters vous rétorqueront qu'on ne fait pas la fine bouche quand on est le Paris Saint-Germain et que le spectre des fantômes du passé rôde encore dans tous les esprits. C'est le cas de Jonathan, 27 ans, qui nous envoie dans les cordes avec notre question à la con.
« Il faut arrêter les débats superflus autour de la façon dont ce PSG va ou doit gagner. La direction du club a enfin réussi à bâtir ce que l'on rêvait tous dès l'arrivée de QSI : avoir un PSG qui fait partie des cadors européens. Au vu du niveau de cette équipe, il est tout à fait possible d'envisager parler de dynastie dès samedi aux alentours de 20h, après un deuxième succès consécutif en C1. Pourquoi aurait-on envie d'assister à une rencontre plus disputée que celle de l'an dernier ? »
Il faut être sévèrement burné comme le disait la marionnette de Bernard Tapie dans les Guignols pour afficher un tel degré de confiance alors que c'est bien la meilleure défense du continent qui s'avance devant les champions d'Europe en titre. Régulièrement aux commentaires de matchs des Londoniens en PL, le consultant de Canal+ Christophe Jallet ne voit pas Paris réitérer sa masterclass de Munich.
« Ce sont deux équipes qui se complètent dans un style opposé. Paris adore avoir la possession, beaucoup de permutations, d'allant offensif. Arsenal, c'est un bloc très organisé où les joueurs sont à leurs postes, il est rare qu'on retrouve Saka à gauche ou Trossard à droite. Il y a une espèce de fatalisme dans leur jeu mais ils sont capables de souffrir ensemble sans se frustrer, et ils ont une capacité à répondre par les coups de pied arrêtés, par du jeu combiné sur les côtés. On s'attend donc à un match beaucoup moins ouvert que l'année passée. »
« On n'a pas eu le temps de stresser contre l'Inter »
Souffrir ensemble pour exulter plus fort en cas de succès, c'est précisément ce qu'attend Maxime, un autre fan du PSG depuis le biberon. « C'est vrai que vu le scénario de la finale l'an passé, on n'a pas vraiment eu le temps de stresser, même si l'expérience des années précédentes et des désillusions m'a fait attendre le quatrième but pour me dire que c'était gagné. La demie contre Arsenal avec les premières minutes d'énorme souffrance et la délivrance de Fabian Ruiz m'ont beaucoup plus fait vibrer. Donc si on se fait un scénario un peu identique, les émotions n'en seront que plus fortes. Mais j'avoue que n'importe quel scénario me va tant qu'on gagne. »
Le degré de bonheur (ou de jouissance) serait-il intimement lié à la souffrance que l'on a ressentie pour parvenir à cette ultime délivrance ? Pour répondre à cette question et faire un petit pas de côté, nous sommes allés demander l'avis d'« aXelle de Sade », Fondatrice de l'École des Arts Sadiens, la première école de BDSM en France, à Paris, Lyon, Lille et Toulouse, il y a cinq ans de cela. Si le foot n'est pas forcément sa came, elle voit cependant de véritables connexions avec le BDSM, qu'elle préfère appeler « sexualité créative », et qui fait la part belle aux émotions fortes et, dans une moindre mesure, à la souffrance. Alors, faut-il souffrir pour mieux jouir, au football comme en amour ?
« Cette recherche de la souffrance amène évidemment au plaisir, car c'est bien ça que les gens viennent chercher ici. C'est le but ultime du BDSM. Ce qui est difficile à obtenir a plus de valeur que ce qui est facile à avoir. Ça me ramène à votre question initiale : Est-ce que gagner 5-0 ça a la même valeur que gagner 1-0 après avoir été en difficulté, avec des ascenseurs émotionnels vécus pendant 90 ou 120 minutes ? Je ne suis pas sûr. »
« La joie n'en est que plus intense »
« C'est vrai que la souffrance fait partie du football et qu'elle rend forcément la victoire plus belle. Les moments de grandes souffrances, de haute lutte, les matchs serrés, à rebondissements, ce sont évidemment eux qui restent gravés dans la mémoire, prolonge Christophe Jallet. La joie n'en est que plus intense. Et c'est pareil quand on est sur le terrain. Quand on se dépasse, qu'on va au bout de soi-même et qu'à la fin on soulève le trophée, ça procure un bonheur indescriptible. »
La plupart du temps, pour qu'il y ait une grande finale, il est préférable d'avoir deux équipes qui acceptent de jouer le jeu. Un match football n'est rien d'autre qu'un tango qui se danse à deux, ce que Paris et le Bayern ont parfaitement mis en application en demi-finale. Comme lors d'une session coquine de BDSM, au fond.
« Quand on va chercher une connexion avec le corps de l'autre, d'abord on se teste, un peu comme deux équipes qui se jaugent, qui analysent la tactique de l'adversaire pendant le premier quart d'heure. Le BDSM, c'est pareil. On va jouer avec l'autre, voir comment son corps réagit à certaines choses qu'on dit, à certaines choses qu'on fait. On se teste pour entrer en connexion, aller sur le lâcher-prise et provoquer des émotions, décortique Axelle. Et une fois qu'on a trouvé la manière dont on va danser, on danse ensemble, on provoque des émotions et, à la fin, il y a la victoire, qui est le climax de la session. L'an passé les supporters parisiens n'ont jamais eu peur, n'ont jamais tremblé, on pourrait dire que c'était un orgasme vite fait mais qui ne reste pas dans les annales. »
En effet, si les visages déformés par la joie et les larmes des supporters parisiens l'an passé à Munich racontent une tout autre histoire, on comprend l'idée générale de notre spécialiste en émotions fortes. Reste que pour connaître à nouveau cette libération de dopamine, encore faut-il s'imposer au bout du compte. Alors, fais-moi mal, Arsenal, Arsenal, Arsenal, mais jouira bien qui exultera le dernier.



