À la veille des Championnats de France de natation à Saint-Étienne (27 juin – 2 juillet), Philippe Lucas, l'ancien coach de Montpellier, Narbonne ou Canet, aujourd'hui à Martigues, se livre sans langue de bois. Interrogé par Midi Libre, il revient sur son départ de Montpellier, ses relations avec ses nageurs et l'avenir de la discipline.
Un départ de Montpellier lié à des problèmes de subvention
Philippe Lucas explique son départ de Montpellier en 2021 par le non-renouvellement de son contrat. "Le club (Montpellier Méditerranée Métropole Natation, 3 MUC) recevait une subvention pour me payer. La subvention n'ayant pas été attribuée… C'était juste un problème d'argent ? Pas d'argent mais de salaire. Je ne coûtais rien au club avec cette subvention." Il réfute les accusations selon lesquelles il aurait plombé les finances du club : "Quand je suis arrivé, il y avait déjà des problèmes. Je n'ai pas plombé le club, ce sont des conneries tout ça." Il ajoute : "De toute manière, Montpellier est une ville que je n'aime pas. Je n'en ai rien à branler."
Un environnement idéal à Martigues
À Martigues, Lucas se dit comblé : "J'habite dans un endroit magnifique, Sausset-les-Pins. J'ai des moyens et de superbes conditions d'entraînement. Le personnel de la piscine est gentil. Il fait tout pour nous. Le directeur est super. Je suis très très bien à Martigues."
Les départs de ses champions : un vaccin contre les désillusions
Interrogé sur les départs de ses nageurs, Lucas évoque Laure Manaudou, qui l'a quitté après les Mondiaux de Melbourne, et Anastasia Kirpichnikova, vice-championne olympique du 1 500 m à Paris en 2024, qui a arrêté. "Quand vous avez une fille comme Anastasia, qui décide d'arrêter, c'est tout à fait normal. Elle a travaillé dur. Elle a réussi son coup." Plus amer, il mentionne Ahmed Jaouadi, triple champion du monde tunisien, qui est parti sans explication : "Le mec s'est barré. […] Le vaccin, ça fait longtemps que je l'ai." Il évoque aussi Sauveur Cristofini, qu'il juge capable de devenir champion olympique, mais qui l'a quitté pour Marseille sans lui dire au revoir : "C'est son papa qui m'a appelé. Lui ne m'a même pas dit au revoir."
L'état de la natation française : des talents mais des lacunes
Pour Lucas, la natation française compte un phénomène : Léon Marchand, "un grand champion". Il cite aussi Maxime Grousset (forfait pour ces championnats) et Yohann Ndoye-Brouard. "Après, tu descends de catégorie. Ils peuvent performer aux Championnats d'Europe. Mais au niveau mondial, au-dessus, ce n'est plus le même sport." Il estime que la natation française se porte bien malgré des faiblesses, notamment dans le demi-fond. Il salue le travail de la fédération et des DTN successifs, mais critique les nageurs : "Certains ont peur de travailler. D'autres font des choix qui, en fin de compte, n'en sont pas pour faire du haut niveau."
Léon Marchand : un talent exceptionnel pour Los Angeles 2028
À propos de Léon Marchand, quadruple médaillé d'or aux JO de Paris, Lucas est admiratif : "C'est un garçon talentueux, intelligent et qui s'entraîne. Donc à Los Angeles, il pourra encore faire des choses… C'est extraordinaire." Il tempère : "Après, tu n'es jamais à l'abri de l'arrivée d'un extraterrestre."
La passion intacte à 63 ans
Lucas assure qu'il prend toujours du plaisir à entraîner : "Si je n'ai pas de plaisir, j'arrête. J'ai 63 ans, si demain ça me casse les couilles, j'arrête direct. Je demande à mes nageurs qu'ils soient aussi motivés que moi je le suis. C'est tout. Même si le mec ne sera jamais un champion. Du moment qu'il s'investit, qu'il est déterminé et qu'il respecte son entraîneur, il n'y a pas de problème."



