Marcel Aubour : souvenirs de la Coupe du monde 1966
Marcel Aubour : souvenirs de la Coupe du monde 66

Il y a 60 ans, Marcel Aubour gardait les buts de l'équipe de France lors de la Coupe du monde 1966 en Angleterre. L'ancien international, qui a porté les couleurs de Lyon, Nice, Rennes, Reims et de la sélection nationale (20 sélections), n'a rien oublié de cette aventure footballistique unique. « Je me souviens de tous les matches et de tous les buts que j'ai encaissés. Et aussi de ceux que j'ai stoppés », confie-t-il en riant.

La qualification et la préparation

Pour se qualifier pour la compétition, la France devait battre la Yougoslavie, alors encore unifiée, dans un groupe comprenant également la Norvège. Les Bleus l'emportent 1-0 au Parc des Princes grâce à un but du gauche de Philippe Gondet au ras du poteau. « On gagne au Parc des Princes 1-0 avec un but du gauche de Gondet au ras du poteau », se souvient Aubour.

La préparation s'effectue un mois avant le tournoi, à Peebles, en Écosse. L'effectif compte 23 joueurs pour 22 places. « C'est Blanchet de Nantes, qui se blesse juste avant, qui est éliminé. C'est un peu folklo. On fait un match amical qu'on gagne 12-0. L'entraîneur est aux anges. Mais, en fait, on s'aperçoit qu'on a joué contre une équipe de jeunes paysans du coin qui ne connaissaient rien au foot », raconte-t-il.

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Un groupe désuni et des résultats décevants

Malgré un effectif de qualité sur le papier — avec Aubour, Carnus et Schutz dans les buts, Bosquier, Djorkaeff, Chorda, Budzynski en défense, Herbin, Artelesa, Muller, Bonnel au milieu, et Simon, Gondet, Combin, Hausser en attaque — l'équipe déjoue. « L'entraîneur Henri Guerin prend avec lui Jasseron et Domergue, deux entraîneurs dont l'un joue le catenaccio [verrou défensif] et l'autre la défense en ligne. On ne s'est jamais trouvés… », explique Aubour.

Le premier match contre le Mexique se solde par un nul 1-1. « Eux n'ont pas de vrai numéro 9, mais deux ailiers feux follets qui n'arrêtent pas de permuter. Ils nous ont fait déjouer. On n'arrive pas à s'adapter. Gérard Hausser marque un joli but mais on fait 1-1. On perd un point d'entrée. Et avec l'Angleterre dans le groupe, c'était déjà un mauvais départ », analyse-t-il.

La défaite contre l'Uruguay et l'élimination

Pour se relancer, la France devait battre l'Uruguay. Mais les Bleus tombent sur un grand Mazurkiewicz. « Oui, c'était suffisant. Mais on tombe sur un Mazurkiewicz des grands jours, qui, sous une pluie battante, arrête tout. Il sera ensuite reconnu comme un des meilleurs gardiens du monde. De Bourgoin égalise sur penalty mais on perd 2-1. Ça fait mal », regrette Aubour.

« Il ne reste plus que l'Angleterre dans le groupe et ça paraît impossible. Et de fait on perd 2-0 à Wembley devant 100 000 spectateurs après avoir fait notre meilleur match. On finit quasiment à 9 contre 11 car Nobby Styles, le milieu Anglais, a quasiment fracassé Herbin et Simon. Il n'y avait pas de remplacements à l'époque », ajoute-t-il.

Des regrets ? Non, des souvenirs impérissables

Malgré l'élimination précoce, Marcel Aubour ne nourrit aucun regret. « Non, ça reste le meilleur souvenir de ma carrière », affirme-t-il.

Il se remémore avec plaisir l'échange de maillot avec le gardien anglais Gordon Banks, le 20 juillet 1966. Et il conserve une foule d'anecdotes savoureuses de sa carrière.

Les grands moments d'une carrière

Interrogé sur l'attaquant qui l'a le plus impressionné, Aubour cite « Le Pelé de Santos. Pourtant j'ai joué contre Di Stéphano, les Hongrois Kocsis, Czibor et Puskas, Suarez, Cruyff par deux fois », précise-t-il.

Son plus bel arrêt ? « C'est le penalty de Skoblar au Vélodrome. Je joue avec Rennes contre l'OM, en demi-finale de la Coupe de France. Quand l'arbitre a sifflé la fin des prolongations, Mario Zatelli, entraîneur de l'OM, a dit à son capitaine : pas la peine de te fatiguer, avec Marcel dans les buts on a perdu. J'ai stoppé le penalty de Skoblar et on a gagné. »

Le but le plus stupide encaissé ? « C'était contre la Fiorentina avec Nice, en coupe d'Europe à Florence. Ce soir-là, on est 0-0. Le match est quasiment fini et j'ai tout arrêté. 91e : le Brésilien Amarildo est face à moi, il rate son dribble mais reprend du tibia et me prend à contre-pied sans le faire exprès. On perd 1-0. »

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Il se souvient aussi du penalty raté de Masnaghetti : « On va jouer au Maroc avec l'équipe de France B. Avec nous, il y a Masnaghetti de Valenciennes qui marque à chaque fois tous les penaltys qu'il frappe après l'entraînement. Une semaine plus tard on se rencontre en coupe de France. Il doit tirer un penalty. Je le regarde, je ne bouge pas. Il tire à côté. »

Des glaçons pour un pastis clandestin

Enfin, une anecdote amusante de la Coupe du monde 1966 : « Je fais chambre avec Bosquier et à côté, il y a Herbin et Djorkaeff. Le soir après l'entraînement, on fait monter par un soigneur une poche de glace pour une blessure à un genou : les glaçons servent en fait pour boire un pastis qu'on avait caché dans la chambre ! »