Le cas Julie Tetard relance le débat sur les athlètes transgenres dans le basket féminin français
Alors que Victor Wembanyama revendique haut et fort son titre de MVP en NBA, une autre situation, plus discrète mais tout aussi révélatrice, se joue dans les championnats français. Julie Tetard, pivot transgenre de Monaco Basket en Ligue 2 féminine, affiche des statistiques exceptionnelles cette saison mais n'a même pas été nommée parmi le cinq majeur de l'antichambre de l'élite.
Des performances qui auraient dû être récompensées
"Honnêtement je m'en fiche royalement de ce titre", assure pourtant la jeune femme de 33 ans, qui préfère mettre en avant l'importance de l'équipe et des play-offs. Pourtant, ses chiffres parlent d'eux-mêmes : 21 points, 20 rebonds et 35 d'évaluation en moyenne. Des performances qui, selon les observateurs, auraient couronné n'importe quel autre joueur ou joueuse.
Le 21 mars dernier, lors du choc entre Monaco et La Tronche Meylan, Julie Tetard a même battu des records avec 21 points à 54,5% au tir, 30 rebonds et 5 interceptions en seulement 36 minutes. Une domination totale pour cette intérieure de 1,90 m qui a commencé sa transition de genre en 2021 et subi sa dernière opération en 2024.
Un malaise palpable parmi les acteurs du championnat
Fabrice Courcier, entraîneur de Saint-Amand Hainaut Basket, ne mâche pas ses mots : "Tous les acteurs et actrices de notre championnat n'ont pas souhaité donner cette récompense à Julie ou Aurore Pautou". Il pointe du doigt "une telle dimension athlétique supérieure" qui, selon lui, pose de réelles questions d'équité sportive.
Pierre Gafforini, manager général de Voiron, partage cette analyse tout en exprimant son respect pour les joueuses : "C'est une joueuse qui montre tout le travail qu'elle effectue au quotidien pour réussir à performer. Mais quand on voit son envergure, quand on voit la taille de ses mains... le constat est là."
La science divisée sur la question
Julie Tetard elle-même, interrogée par France 3, citait des études démontrant "une force physique, une capacité de saut et bien d'autres choses diminuées par rapport à une femme cisgenre". Elle assurait également avoir "un taux de testostérone inférieur à une femme cisgenre".
Pourtant, le rapport "Transidentité et Sport de haut niveau" de 2025, réalisé avec le soutien du ministère des Sports et du CNOSF, avance des conclusions différentes. Douze experts y expliquent que "ni la masse ni la densité osseuse, ni la taille de l'organisme ne changent après transition" et qu'"il n'existe pas actuellement d'évidence montrant une perte d'avantage associé à la performance après transition".
Des positions irréconciliables ?
Ava, militante de l'association féministe Toutes des femmes, a participé à l'élaboration de ce rapport avant de s'en désolidariser. Elle estime au contraire que "selon ce que dit la science, on peut se permettre de douter des avantages physiques gardés".
"La réelle question à se poser, c'est à quel point le climat politique favorise le malaise", analyse-t-elle. "Si des personnes transgenres n'ont pas leur place dans quelque chose qui est censé être universel comme le sport, à ce moment-là, ces personnes n'ont pas leur place dans la société tout court ?"
La Fédération française de basket face à un dilemme
Des alertes ont été lancées auprès de la Fédération française de basket qui, pour le moment, n'a pas changé ses règles. Celles-ci permettent à tout le monde de prendre une licence, incluant donc les personnes transgenres, contrairement à d'autres fédérations comme celles de natation, cyclisme ou athlétisme.
"L'obtention d'une licence, c'est sur la carte d'identité. Julie et Aurore sont des femmes, donc elles ont le droit de participer à un championnat féminin", rappelle un responsable fédéral. "Maintenant, c'est difficile, parce que ce sont des décisions qui ne peuvent pas apporter satisfaction à tout le monde."
Entre inclusion et équité : la recherche d'un équilibre impossible
Le débat fait rage entre ceux qui prônent l'exclusion selon certains critères, ceux qui souhaitent la création d'un championnat spécifique, et ceux qui défendent l'inclusion totale. Le rapport sur la transidentité et le sport de haut niveau estime que "l'équité constitue certes un objectif inhérent à l'idée même de compétition sportive, mais il ne pèse toutefois probablement pas ici d'un poids suffisant pour justifier une dérogation au principe d'inclusion".
Pierre Gafforini résume le dilemme : "Au niveau sportif, sincèrement, tout le monde du basket trouve ça injuste. Mais il y a un côté humain derrière difficile à gérer, avec des femmes au super parcours." Un débat qui, loin de se limiter aux terrains de basket, interroge plus largement la place des personnes transgenres dans notre société.



