La finale du Challenge entre Montpellier et l'Ulster, vendredi 22 mai à 21 heures à Bilbao, doit révéler un Florian Verhaeghe plus rayonnant que jamais. Élément clé et discret du MHR, le deuxième ligne de 2,03 m s’impose par son sens collectif et sa science de la touche, loin des projecteurs.
On peut dépasser d’une tête tout le monde et ne pas aimer la lumière. Florian Verhaeghe, 29 ans, est de ceux-là : joueur de l’ombre qui ne vit que par le collectif. Pourtant, la saison du grand deuxième ligne du MHR l’envoie en plein soleil. Du haut de ses 2,03 m, le Montpelliérain est devenu le véritable épouvantail sur tous les terrains de Top 14 et entend le faire à Bilbao sur la pelouse de San Mamès pour la finale du Challenge.
Une histoire de rugby qui dure
Le rugby et Florian Verhaeghe, c’est une histoire qui dure. Pour tout dire, c’est quasiment le seul sport qu’il ait jamais pratiqué. « J’ai commencé à 10 ans, je voulais y aller plus tôt mais ce n’était pas possible, sourit-il. J’ai fait un peu de foot mais j’avais envie de jouer au rugby. Mes parents ne pouvaient pas m’emmener. Puis mon père a eu des horaires qui collaient, il a fait des sacrifices pour m’y amener et ça a commencé à Montauban. »
Pôle espoir à Toulouse
Logiquement, le petit Florian rêve de devenir professionnel et va finalement décrocher une place en sport-études au pôle espoir de Toulouse. « À cette époque je prenais même les cours où il n’y avait pas trop de devoirs pour faire plus de rugby, ça m’a réussi », se marre-t-il encore. Le Stade Toulousain lui offre son premier contrat professionnel et un premier titre en 2019, avant son départ pour Montpellier en 2020. À Toulouse, il a aimé le leadership de Thierry Dussautoir ou côtoyer Florian Fritz, « un mec qui m’a inspiré parce que j’ai vu que tu pouvais faire carrière sans te travestir ». Au MHR, il reste proche de Guilhem Guirado, « il a été monstrueux l’année du titre dans ce travail de l’ombre ».
Il décroche même trois sélections chez les Bleus, dont la première à Toulouse, devant la famille, contre le Japon. Mais depuis ce match contre les Fidji, le 19 août 2024, il n’a plus été appelé par Fabien Galthié, le sélectionneur. « Il y a des aspects de ma personnalité qui peuvent ne pas toujours correspondre à ce qu’on demande en équipe de France. Quand j’arrive dans un groupe je ne suis pas le premier à m’intégrer. Il faut que je m’améliore là-dessus », concède-t-il.
« Sur le jeu, sans faire le beau, je n’ai pas de complexe envers personne. Mais je dois réussir à montrer mon vrai visage quand je suis là-bas et puis arriver prêt. J’ai mon style de jeu, il correspond ou non, ça, c’est autre chose… »
L’amour du combat et de l’ombre
L’homme déteste autant la lumière qu’il aime le combat. « J’aime le côté physique. La lumière, ça fait plaisir de temps en temps mais je ne suis pas hyper à l’aise avec ça. Tout le travail de l’ombre, c’est quelque chose qui me plaît », glisse-t-il. La touche aussi est son péché mignon. Il faut dire qu’il est grand, 4 mètres selon son coéquipier Alexandre Bécognée, mais pas que. Pour le Tarn-et-Garonnais, la touche comme le rugby, c’est une histoire collective.
« C’est un truc que j’ai mis un peu de temps à comprendre. C’est peut-être le secteur le moins connu par le grand public mais cette connexion avec le talonneur est forte… Par exemple, un joueur qui ne brillera jamais en touche mais qui est hyper important pour moi, c’est le pilier Enzo Forletta. Ça fait longtemps qu’on bosse ensemble, il connaît mes pas par cœur. Quand il est là je n’ai même pas besoin de calculer et ça me fait gagner la demi-seconde importante pour contrer. C’est vraiment une connexion entre tout le monde », explique-t-il.
La passion pour la pêche au large
Mais ce qu’il aime surtout, c’est se retrouver dans la nature, son jardin secret avec une passion avouée pour la pêche. « J’ai toujours été attiré par la mer, des fois je sors le bateau pour aller pêcher et d’autres fois juste pour me retrouver au large. J’aime les lieux qui ne paraissent pas touchés par l’Homme. Quand tu es au large et que les thons qui sortent ou les dauphins qui sont là, c’est magnifique », lance-t-il les yeux brillants.
Partir en randonnée avec sa tente et son chien, dans les Cévennes ou du côté du Salagou, et pourquoi pas taquiner la truite dans une rivière du coin, mais ne lui parlez pas de rugby à ce moment-là. D’ailleurs, Florian Verhaeghe n’est pas du genre à manger du ballon ovale matin, midi et soir. « Honnêtement, des fois on me parle de joueurs, s’ils ne sont pas dans l’alignement je ne sais pas qui c’est, rigole-t-il. Je ne regarde pas du tout le rugby. Bien sûr, c’est ma vie parce que c’est ce que j’aime faire et c’est mon métier. Mais je trouve important d’avoir des trucs à côté, ça fait du bien. Si tu construis une vie qu’autour du rugby quand ça va pas, c’est toute ta vie qui ne va pas. Sinon quand il n’y a que le rugby qui ne va pas, tu peux te réfugier dans le reste. »
Ce reste, il s’y est réfugié après le titre de 2022, quand tout s’est mis à tourner moins rond au MHR. « C’était compliqué, ça débordait même sur le perso, on était sous pression. J’ai commencé à ne plus être exécrable après trois semaines de congé », se souvient-il.
Le gamin de Lafrançaise est désormais devenu un vrai Montpelliérain. « Cette année je suis content parce que certaines choses ont été comprises. Dès qu’il y a un peu de stabilité ici, on redevient un vrai club avec une âme, j’espère qu’on va pouvoir construire là-dessus », souffle le grand deuxième ligne. Histoire de pouvoir continuer à aller à la pêche l’esprit serein.



