« Une grande tristesse ». Trois mots de Maurice Cohen résument la disparition d’Eric Roy, ce mercredi 17 juin 2026 à l’âge de 58 ans des suites d’une longue maladie. « Papa se battait depuis trois ans et demi contre un cancer du pancréas », a dévoilé sa famille sur Instagram en préambule d’un long message à la fois poignant et démonstratif de la bravoure du combattant. Confronté à la chimio et deux opérations, Eric a livré bataille aussi face à la presse pour que le secret ne s’ébruite pas. « Dans un monde où tout se sait et où tout fuit très vite, je trouve très classe l’attitude de la presse par rapport à sa maladie, observe Jérôme Alonzo, ex-coéquipier de foot, complice de golf, proche intime d’Eric depuis 30 ans. Beaucoup de gens savaient mais ce n’est jamais sorti. Je trouve ça bien qu’il soit parti paisiblement avec les siens, sans l’agitation que ça aurait provoquée. »
Un homme aux multiples casquettes
« Ça restait discret, il se battait mais quand vous êtes encore en exercice, on n’en parle pas », confie Roger Ricort, l’un des intimes du « réseau nissart » au courant. « Eric aimait le club, au même titre que tous les Niçois comme Gioria, Mattio, Marsiglia (disparu en 2016), Ricort… Ça fait deux qui sont partis. C’est vraiment triste, il a 10 ans de moins que moi. Je l’ai vu démarrer en pro, faire ses armes… »
« Il fait partie des champions de France de 3e division avec les Mazzucchetti, Martin, Buffat, Casoni, Aloisio… » énumère Frédéric Gioria, admiratif de « la très belle carrière » d’un coéquipier devenu entraîneur principal d’un trio Roy-Marsiglia-Gioria en 2010. « Il avait su laisser la place à chacun dans le trio. Eric, c’était le charisme, la bonne humeur. Un gros bosseur aussi, même quand il était joueur. Quand on allait chez Albert Gal (le kiné), Eric était l’un des premiers à la muscu. Il savait où il voulait aller. Il ne buvait pas, ne fumait pas, il avait une grosse envie de réussir. »
Des débuts prometteurs
Serge, le papa qui avait réussi à réunir Johan Cruyff et un plateau extraordinaire pour son jubilé au Ray, voit la relève assurée malgré l’amour du fiston pour la petite balle jaune. Doué pour le tennis et grand espoir du Nice LTC, Eric brillera dans le football, en défense et au milieu de terrain. Le stade du Ray marquera sa première mais aussi sa dernière en tant que joueur (2004). « On lui avait proposé de venir s’entraîner avec nous après l’avoir croisé en train de courir seul à Vaugrenier. Pendant deux saisons, il nous avait fait du bien (2002-2004) », rembobine Maurice Cohen, déjà président du Gym à l’époque. « Son papa m’avait mené la vie dure parce que je ne lui avais pas proposé la troisième année de contrat. »
De ses débuts au Cavigal à la fin de sa carrière, Serge Roy n’a jamais lâché son fils et lui a transmis son caractère méditerranéen, parfois sanguin. Maurice Cohen peut en témoigner : il n’avait que 18 ans quand il entraînait Eric « en poussins, pupilles, minimes. C’est un petit que j’avais beaucoup aimé, il était attachant. La vedette de l’équipe, un avant-centre super-buteur. Il était costaud pour son âge, avec son père toujours derrière lui. Serge avait une très grosse Mercedes, il nous amenait partout. Leur relation était fusionnelle. »
Un parcours exceptionnel
Patrick Barul revoit encore le binôme père-fils quitter le Ray ensemble. Coéquipier à Nice, il est devenu collaborateur à Lens (Roy était manager sportif du Racing entre 2017 et 2019) de celui que l’on surnomme le King : « C’était plutôt PDG, le Président pour nous. Même à Lens, quand il était mon patron, je l’appelais encore ainsi. Jamais Eric. Avec José Cobos, Olivier Echouafni, c’étaient les tauliers de l’équipe. Eric avait toujours la classe. Dans son jeu, son accoutrement, son Audi RS6. On avait les yeux qui brillent, nous, la jeune génération. Mais Eric était un déconneur aussi, toujours partant pour un dîner ou boire un coup avec nous. »
Un retour réussi à Brest
Le bon vivant a toujours eu la faim du partage et la soif de découverte. Joueur en Angleterre et en Espagne, directeur sportif à Watford, consultant TV, « c’était un couteau suisse du football » (Barul) passé par le marketing à l’OGC Nice avant de prendre la relève de Ricort à la direction sportive. Roger se souvient : « Il était à la limite entre le pro et l’amitié. Il y a tellement de gens à l’OGC Nice qui ne connaissent pas les rues ou les collèges de la ville, que quand il y en a un qui les connaît on le respecte. Quand j’étais directeur sportif, je le voyais faire et je savais déjà qu’il avait la fibre pour être coach. Son parcours est extraordinaire : faire 12 ans sans entraîner en Ligue 1, avoir la confiance de quelqu’un (Grégory Lorenzi, à Brest) et finir en Champions League… Essayez de me trouver un autre parcours comme ça ! »
« J’ai une grosse pensée pour sa famille et le Stade Brestois, insiste Jérôme Alonzo. Ce club lui a permis de vivre un truc de fou. Je pense qu’il a beaucoup tenu grâce à ça. Il n’avait qu’une envie, c’était d’aller sur le terrain. Sa joie, c’était d’être dans les vestiaires à 8h du matin. C’était sa raison de vivre. Il était extrêmement digne par rapport à la maladie alors qu’il souffrait beaucoup. Il a vécu ça comme un grand qu’il est. Il a rejoint mon papa, qui l’avait formé à Nice, et son papa. Ils vont pouvoir faire de grandes discussions sur le foot et la vie là-haut. »
Un héritage durable
Si « la fin de l’histoire avec l’OGC Nice n’est pas à la hauteur de ce qu’il a donné au club » regrette Frédéric Gioria à l’égard de son licenciement en 2012, le Gym a évoqué « une trace indélébile » derrière Eric Roy. L’amoureux du ballon rond a même réussi à le faire coïncider avec son vieil amour du filet grâce au foot-volley. « Je l’avais emmené faire des tournois en Italie et en Espagne, ça lui a plu et on a sympathisé », retrace Philippe Enea associé depuis huit ans avec Eric Roy à l’organisation d’une grosse compétition sur Juan-les-Pins. « Il a toujours été sérieux, il avait un relationnel terrible. Il nous a permis de déplacer le tournoi à la Pinède. Si c’est aujourd’hui le plus gros du monde, il y a largement contribué. »
Tout Nice et la France du football compatissent à la douleur de ses enfants et son épouse, Victoria Rose, Markus et Loëtitia. Eric était « un exemple, une belle personne » (Cédric Varrault), « un mec entier qui disait ce qu’il pensait, droit dans ses sentiments et ses idées. Un homme respecté partout » (Jérôme Alonzo). « Il n’a jamais rien lâché, il était dans la vie comme sur le terrain. » (Maurice Cohen) Adieu le King.



