De notre envoyé spécial à Boston, la réponse a été unanime. Quand on leur a demandé ce qu’ils préféraient entre le Super Bowl et la finale de la Ligue des champions, les élèves de l’École française de Boston, située dans le quartier de Cambridge, ont tous répondu : la finale de NFL, qui a sacré cette année les Seattle Seahawks. Surprise, car on imaginait pourtant, dans ce cocon bleu blanc rouge, que la magie du ballon rond prendrait largement le dessus sur les sports américains. Pas totalement, encore.
Une école française au cœur de Boston
« Ils sont sensibles au foot, mais les parents ne sont pas tous français, donc ils ont quand même une grosse culture des sports américains. Même si, ici, toute l’éducation se fait en français et qu’on leur a beaucoup parlé de foot en cette année de Coupe du monde », explique Coline Baudoin-Canil, membre du staff de l’EFB, qui regroupe un peu moins de 200 élèves sur plusieurs sites, et qui va accueillir à la rentrée, pour la première fois, des enfants qui ne parlent pas français.
Ce n’est pas le cas de Julianne (11 ans), dont les parents sont français. Elle a commencé le foot à 3 ans dans une équipe à Boston, avant d’être repérée pour ses talents dans les buts. « À l’entrée au CP, on m’a dit que j’étais forte en gardienne, et du coup, je fais des tournois contre d’autres villes. J’aime bien regarder les matchs, surtout l’équipe de France, et l’OM, car mon père est supporteur de Marseille. »
Le football, une passion qui s’efface parfois avec l’âge
Sébastien, 9 ans, au magnifique français à l’accent américain, « adore » aussi le foot et joue dans une équipe dans la banlieue de Boston. Le kid, dont la mère est française et le père canadien, est allé plusieurs fois assister à des matchs des New England Revolution en MLS et il était aussi au Gillette Stadium pour soutenir les Bleus face au Brésil en mars. Il a aussi été l’un des rares privilégiés à pouvoir assister au seul entraînement des Bleus ouvert au public depuis le début de la Coupe du monde à l’université de Bentley. Et il devait, même, mais la surprise ne lui avait pas encore été dévoilée au moment où on lui a parlé, assister à son premier match de Coupe du monde dans l’antre des Patriots.
« Le football, ils y sont quand même plongés dedans assez petit, c’est une activité qu’ils pratiquent enfant, car c’est un sport facile à jouer », ajoute le père de Sébastien, à la sortie de l’école. Selon US Youth Soccer, environ 2,5 millions d’enfants jouent dans des clubs. En comparaison, ils sont près de 30 millions de gamins de plus de 6 ans à pratiquer le basket. Le père de Sébastien, toujours : « Je pense aussi que c’est une transmission, si on regarde des matchs à la télé, si on va voir des matchs, ça va leur donner des outils pour comprendre et se passionner pour le football. Mais à partir d’un certain âge, il y a quand même un switch et l’intérêt est porté vers les sports les plus populaires ici. »
Hockey et baseball, des rivaux de poids
Mila (9 ans) n’a pas attendu de grandir pour se passionner vraiment pour un autre sport que le foot, malgré son maillot du PSG sur les épaules. Elle, son dada, c’est le hockey sur glace, et notamment les Boston Bruins, six fois vainqueurs de la Stanley Cup. Crime de lèse-majesté, elle a même préféré parler des « Black, Gold and White » plutôt que de la Coupe du monde durant le petit exercice servant à se mettre dans la peau d’un journaliste. Pourtant, elle aussi joue au foot dans une équipe depuis l’âge de 4 ans. « Mais je préfère quand même le hockey, un peu plus que le foot, en plus je suis déjà allée au TD Garden pour voir les Bruins, raconte la gamine. Mais après, je parle quand même de foot avec mes copains et mes copines, ce n’est pas difficile. » Même ceux qui n’ont pas le foot dans leur cœur poussent en tout cas derrière les Bleus durant ce Mondial.
Comme Auggie (9 ans), tee-shirt de l’équipe de France deux étoiles et très longue chevelure, qui tente aussi de combiner deux passions : le foot et le baseball : « Le soccer, c’est cool, je l’ai découvert quand j’avais deux ans, parce que ça passait à la télé. Je pratique les deux sports, même si on vient de perdre la demi-finale en soccer, j’aime vraiment bien, et puis on y joue pratiquement à toutes les récréations. Après, mes copains ne s’intéressent pas trop au foot. »
Un peu comme Yatzi (10 ans), au grand dam de ses parents. Le papa, uruguayen, est même parti au Mexique, d’où est originaire sa femme, pour suivre la Celeste. Mais la passion de Yatzi, à qui les parents avaient mis un maillot de Federico Valverde, reste la danse. Une discipline pour laquelle elle a un talent certain.
Transmettre la passion du foot aux États-Unis, un défi
« Ma fille n’est pas intéressée du tout par le foot, son frère un peu plus, nous explique Pamela, la maman. C’est très difficile de transmettre la passion pour le foot aux États-Unis, même si ici, à l’EFB, ils sont français donc ils ont un peu plus d’intérêt pour ce sport et le comprennent. » Et, en plus, ils en sortent souvent vainqueurs. Il faudra peut-être penser à mettre trois grosses étoiles au-dessus de l’entrée de l’école.



