Dimanche soir à Paris, Paul Seixas et Lenny Martinez ont observé les trois hommes les plus forts de ce Tour de France 2026 recevoir tous les honneurs. Le grand vainqueur Tadej Pogacar, son dauphin Remco Evenepoel et son équipier Isaac Del Toro sont montés sur le podium des Champs-Élysées. Les deux coureurs français, respectivement quatrième et cinquième du classement général, étaient tout près mais ont dû se contenter de rester au pied. Avec l'espoir, on espère, de se trouver un jour à la place du Slovène.
Examen de passage réussi pour Seixas
Pour Seixas, 19 ans, il ne fait pas beaucoup de doute que c'est bien là un objectif. Le plus jeune coureur à prendre le départ de la Grande Boucle depuis 1937 a plus que réussi son examen de passage. Cette course longue de trois semaines était un grand saut dans l'inconnu. S'il a logiquement terminé rincé les deux dernières étapes infernales dans les Alpes, lâchant du temps aux cadors, le Lyonnais ne s'est jamais désuni – si ce n'est dans les 2 derniers km du col de Sarenne samedi – et a prouvé une force mentale rare.
« C'est juste extraordinaire. Il ne faut pas oublier, je le répète et je l'ai répété souvent durant ces trois semaines, c'est un garçon qui découvre le Tour de France et qui n'a que 19 ans », souligne son directeur sportif chez Decathlon CMA-CGM, Julien Jurdie. Le jeune prodige ne pouvait pas taper plus haut pour sa première expérience dans un grand Tour. Tout le monde le dit, la Grande Boucle représente ce qu'il y a de plus violent et sauvage, loin devant le Giro ou la Vuelta. Et la manière dont il a géré ces trois semaines, avec le poids des attentes sur ses épaules, subjugue.
Ce vécu lui sera précieux pour l'avenir, et il n'y a qu'à voir sa déception samedi soir quand il a dû s'avouer vaincu pour le podium pour se rendre compte de son caractère de champion. À noter aussi, son équipe a montré une grande solidité autour de lui. Indispensable pour voir loin. « Tout ça me donne de la confiance pour la suite, livrait Paul dimanche soir. Le Tour, c'est impressionnant. C'est très nerveux, il faut être toujours bien placé, toujours dans les bonnes trajectoires. On ne peut jamais débrancher pendant trois semaines, il n'y a pas de journée off. On peut être fiers de ce qu'on a fait avec l'équipe. »
Martinez : une progression remarquable
Lenny Martinez, de son côté, ne s'attendait pas à terminer aussi bien classé au général. Lui qui visait plutôt le maillot à pois et les étapes en début de Tour s'est laissé prendre au jeu. Apparu dans le top 10 au terme de l'étape du Tourmalet, en fin de première semaine, il s'est rapproché petit à petit, au gré des abandons de Jonas Vingegaard et Florian Lipowitz, puis de la défaillance de Tom Pidcock, avant de frapper un grand coup sur la route de l'Alpe d'Huez vendredi pour gratter encore deux places. « Il est très fort et il prend confiance, note son directeur sportif chez Bahrain-Victorious, Roman Kreuziger. Il progresse de manière remarquable, il a beaucoup grandi par rapport à l'an dernier. »
Question d'attitude
À 23 ans, le fils de Miguel, champion olympique de VTT en 2000, peut s'imaginer un futur doré sur les grands Tours. Il lui faudra toutefois se voir vraiment comme un coureur de classement général, ce qu'il a encore du mal à faire, après avoir terminé 124e et 79e lors de ses deux premières participations. Samedi encore, alors qu'il accrochait la roue de Pogacar, Evenepoel et Del Toro dans l'ultime col du Tour, il lui fallait les mots de ses dirigeants pour se convaincre totalement qu'il était à sa place. « Bien sûr maintenant il va y avoir beaucoup plus d'attentes, projette-t-il. Mais pour l'instant je suis juste heureux. Dans les cinq meilleurs sur le Tour de France, j'en rêvais quand j'étais petit. »
Point important toutefois pour l'ancien de la Groupama-FDJ, il lui faudra, s'il veut jouer dans ces sphères, revoir son attitude. Ses manières dans la montée de l'Alpe d'Huez vendredi n'ont pas plu, et ce n'était pas la première fois. Un champion ne peut pas se permettre une telle irrévérence envers la course et ses acteurs, et d'ailleurs il l'a payé en ratant l'occasion d'accrocher la victoire la plus prestigieuse de sa carrière. Quand on joue le général, il y a des choses qu'on ne peut pas faire. Le peloton a de la mémoire quand il s'agit d'enfoncer ou non un leader s'il est victime d'un pépin. Une réputation peut servir ou desservir.
Del Toro couvé par Pogacar
En tout cas, voir deux coureurs français dans le top 5 est une rareté. Ça n'était plus arrivé depuis 2014, avec Jean-Christophe Péraud et Thibaut Pinot juste derrière le grand vainqueur, Vincenzo Nibali. Et avant ça, il fallait remonter à 1986… Réussir ce doublé cette année, quand on voit le niveau de la concurrence, est très encourageant. Mais ça ne garantit rien, car Seixas et Martinez n'ont pas affaire à de vieux routiers en bout de course.
Déjà, Pogacar est encore là pour quelques années. Le glouton de Komenda n'a que 27 ans et il voudra certainement devenir le premier coureur de l'histoire à remporter six fois le Tour de France. Point positif, s'il réussit cet exploit, il ne reviendra peut-être pas. Ce format sur trois semaines a tendance à l'ennuyer, il ne l'a jamais caché. Point négatif, il est en train d'assurer sa succession. Son abnégation à rouler pour Isaac Del Toro samedi dans l'étape reine et avant ça sur la route menant au Plateau de Solaison, lors de la 15e étape, dit beaucoup de sa volonté de léguer son trône à son jeune équipier.
L'avenir s'annonce palpitant
Le Mexicain, 22 ans, s'annonce comme un rival féroce pour nos deux Français. On n'oublie pas non plus Remco Evenepoel, 26 ans seulement et dont les performances en haute montagne cette année lui ont certainement donné des idées pour la suite. Rien ne sera simple pour nos Français, mais au moins, on a gagné le droit de rêver. Avec un Seixas déjà solide et un Martinez en pleine progression, le cyclisme français peut envisager les prochains Tours avec optimisme.



