Dans le cadre de notre série « En roue libre », le sociologue montpelliérain Thomas Riffaud, professeur d’EPS et enseignant-chercheur en sociologie du sport à l’Université de Montpellier, analyse la capacité du vélo à traverser les époques en s’adaptant constamment aux besoins du moment et en investissant de nouveaux terrains.
Une passion plurielle
Interrogé sur l’indémodable passion des Français pour le vélo, Thomas Riffaud préfère parler « des vélos », tant les pratiques sont diverses : route, promenade en famille, « vélo taf », VTT, gravel, BMX… Selon lui, cette diversité est la clé du succès : « Il y a toujours une, deux ou trois pratiques qui rencontrent parfaitement la demande du moment. » Le vélo répond ainsi à la fois à une demande d’activités écoresponsables et à un besoin de liberté (« quand je veux, où je veux »). Le chercheur souligne que les différentes pratiques ne se remplacent pas mais s’additionnent, et que le vélo électrique compense la difficulté physique, élargissant considérablement le public.
Du vélo ouvrier au vélo de cadre
Thomas Riffaud observe un renversement sociologique intéressant : alors qu’il y a un siècle, le vélo était un moyen de transport ouvrier, faute de moyens pour acheter une voiture, aujourd’hui ce sont les cadres et chefs d’entreprise qui en sont les premiers usagers. Il explique ce phénomène par la diminution de l’importance symbolique du moteur : « En ville, le vélo remplace symboliquement la voiture. Au-delà d’un côté écolo, c’est un calcul très rationnel pour éviter les embouteillages. »
Le Tour de France, ciment social
Le sociologue s’attarde ensuite sur l’attachement des Français au Tour de France, un événement qui dépasse les simples fans de coureurs comme Pogacar ou Vingegaard. « Les Français sont attachés à l’événement plus qu’aux coureurs », affirme-t-il. Le Tour est perçu comme un élément du patrimoine historique et culturel, un événement qui crée du lien entre les territoires et les gens, toutes catégories sociales confondues. « Dans un monde où le lien social se délite, le Tour fait du bien aux gens. »
Un événement respectueux des territoires
Thomas Riffaud voit dans le Tour de France un symbole d’un pouvoir parisien qui descend à la portée des gens, sans mépris, en respectant les territoires. Il cite la manière dont la course est commentée, alternant moments sportifs et descriptions d’abbayes ou de paysages. « En France, on est très attachés à notre histoire et nos territoires, on apprécie ce clin d’œil. » Il conclut en saluant le marketing d’ASO, qui a su faire du Tour un événement unique.



