Jean-Pierre Soler, ultra-trailer de Poulx (Gard), a pris le départ de la SwissPeaks Odyssey mardi 25 août à 20 heures, un an après avoir dû abandonner à 90 km de l'arrivée. Cette course de 643 km, avec 43 800 mètres de dénivelé positif et autant de négatif, est considérée comme l'une des plus exigeantes au monde.
Un retour après un abandon douloureux
En septembre 2025, Jean-Pierre Soler avait quitté la Suisse avec un immense regret et un pied en miettes. Après plus de 600 km parcourus en dix jours sur la SwissPeaks, il avait dû abandonner à cause d'une inflammation du muscle releveur de son pied droit, qui ne répondait plus. Impossible de descendre, impossible de continuer.
Beaucoup auraient rangé ce rêve dans un tiroir, mais pas lui. Mardi dernier, il a retrouvé la ligne de départ de cette course réservée à 100 coureurs aguerris, sélectionnés sur leur CV sportif. La SwissPeaks Odyssey dessine une immense boucle à travers le Valais suisse, entre vallées, glaciers et sommets de plus de 4 000 mètres d'altitude. Les concurrents affrontent des nuits sur les sentiers, le froid, l'altitude, la fatigue et une solitude qui accompagne chaque coureur entre deux bases de vie.
Un homme simple et déterminé
Jean-Pierre Soler n'appartient à aucune catégorie. Il collectionne les courses que la plupart des coureurs n'osent même pas imaginer : SwissPeaks 360, Tor des Géants, Tor des Glaciers, désormais la SwissPeaks Odyssey. Pour autant, il refuse toujours l'étiquette de super athlète. L'ancien maçon raconte volontiers qu'il aime autant une pizza, un hamburger et une bière qu'une sortie en montagne. Il ne parle jamais de performances, rarement de chronomètre, encore moins de records. Son obsession est ailleurs : avancer, encore un pas, puis un autre, là où tout se joue au mental.
Mais si Jean-Pierre Soler repart en Suisse, ce n'est pas seulement pour lui. Depuis plus de deux ans, il travaille chez Inclusive Services, entreprise adaptée nîmoise où il encadre une trentaine de travailleurs en situation de handicap qui travaillent dans les espaces verts. Un univers qui a profondément changé son regard sur l'effort. Il le dit souvent, une SwissPeaks, c'est parfois le quotidien.
Un soutien indéfectible
Inclusive Services, son directeur Thierry Vaysettes en tête, continue de le soutenir dans cette nouvelle aventure, comme sa famille et ses proches, qui savent ce que représentent ces dix ou onze jours passés presque sans dormir, à vivre au rythme des ravitaillements et des micro-siestes, parfois debout, adossé à un rocher ou à un arbre.
Comme ses compagnons de galère, il sait qu'une blessure, une météo capricieuse et l'épuisement qui désoriente peuvent faire basculer l'aventure. Aussi, il ne parle pas de revanche, seulement de repartir avec, dans le viseur, cette dernière base de vie qui l'avait vu s'arrêter, et d'enfin franchir cette ligne d'horizon, au bout de lui-même. Et si l'exploit sportif est immense, c'est peut-être sa manière d'aborder cet Everest du trail qui impressionne le plus, avec une simplicité désarmante, une bonne dose de folie et une profonde humanité. Lorsque le départ a été donné, mardi soir à 20 heures, déjà dans sa bulle, Jean-Pierre Soler s'est élancé à nouveau vers l'inconnu. Comme toujours, un pas après l'autre.



