Dans une salle comble de 3000 spectateurs, clairement hostile, et opposé à un joueur du Top 10 mondial, parmi les héros les plus populaires qu'ont engendrés les JO de Paris, qui plus est, à l'occasion d'un quart de finale disputé en « night session » et retransmis en direct sur les plateformes de France TV : malgré un contexte brûlant, chargé émotionnellement, Sohan Gilles n'a pas flanché. Il est resté hermétique à toute forme de pression. Il s'est même laissé porter par tous ces vents contraires pour, au bout d'une soirée complètement dingue, signer, avec toute la rage et l'envie de ses 20 ans, une performance qui, malgré la défaite (2-4), marque un nouveau cap dans le déroulé de sa carrière. Elle semble même de nature à lui ouvrir les portes d'une nouvelle notoriété.
Un parcours héroïque
Car à Laval, bien peu, y compris parmi les spécialistes habitués à commenter l'actualité du ping, auraient misé une piécette sur pareil scénario. Et pourtant… Après avoir, au préalable, et tout aussi héroïquement, franchi trois tours dans ces championnats de France, le pensionnaire du Cavigal (depuis trois ans) a fait trembler la hiérarchie, jusqu'à semer le doute dans les esprits les plus cartésiens. « C'est un peu comme si, à Roland-Garros, un joueur sorti des qualifs malmenait en quart un Sinner ou un Alcaraz. Ça semble improbable, mais c'est pourtant ce que Sohan a fait… » s'enthousiasme son coach, Olivier Maero.
Le défi était immense, donc, mais le garçon, par deux fois, est parvenu à mener au score (1-0, 2-1) face à l'aîné des frères Lebrun, alors que ce dernier n'avait jusque-là concédé aucun set. « Et il n'a pas été si loin de le contraindre à disputer une belle, mais il a payé cash deux ou trois petites erreurs dans la quatrième manche… »
Félicité par Alexis Lebrun
Le médaillé de bronze des JO de Paris l'a ensuite félicité sur Instagram : « Un match très très chaud face à Sohan Gilles. Très surpris positivement par son niveau de jeu, j'ai su trouver les clefs pour m'en sortir. Bravo à lui pour son parcours tout au long de ces championnats de France. »
Pour s'offrir ce petit moment d'éternité (« à sa grande surprise, on est venu à la fin lui demander des autographes… »), le jeune Lorrain d'origine a donc dû franchir auparavant, dans une partie du tableau certes un peu plus « dégagée » après les aléas du tirage au sort, quelques sérieux écueils. Ce qu'il fit avec une bonne dose de talent, un zeste de conviction et, surtout, un moral replâtré à neuf, après une saison en club plutôt compliquée.
« Depuis quelques mois, il se cherchait, doutait un peu, rembobine Maero. Mais il a fait une bonne prépa pour revenir dans le game. En tout cas, il avait hâte d'en découdre. Et puis, au fil des matches, il a pris de plus en plus confiance, a su élever son niveau de jeu, tout en restant toujours lucide, concentré, ce qui lui a permis de tout renverser… »
Antoine Noirault, pensionnaire de l'Insep, le robuste et expérimenté Andréa Landrieux, puis enfin le gaucher Léo De Nodrest, tête de série numéro 8 (et 53e joueur mondial), figurent désormais à son tableau de chasse… Et ce n'est sûrement qu'un début. Même s'il sait déjà que l'aventure se poursuivra loin de Nice, du côté de Caen, le Cavigal, son club de cœur, n'ayant pu se maintenir en ProB. « Il vient de loin, s'est fait tout seul. Mais là-bas, il continuera de progresser, j'en suis sûr… »



