Nathalie Tauziat, la Française qui façonne les pépites du tennis canadien
Nathalie Tauziat, l'architecte des talents canadiens

Nathalie Tauziat, qui vient de recevoir la médaille de bronze de la FFT, est missionnée par Tennis Canada depuis 2011 pour façonner ses futures pépites et les faire éclore au plus haut niveau. Après Eugénie Bouchard (finaliste de Wimbledon 2014) et Bianca Andreescu (vainqueure de l’US Open 2019), celle qui est installée à Anglet a largement contribué à l’essor de Victoria Mboko, actuelle 9e mondiale.

Un parcours d'exception

Mercredi 13 mai, Tennisgemeinschaft de Hanovre. Nathalie Tauziat enchaîne les matchs, entre deux averses. Enfin, elle les supervise. Depuis la fin de sa carrière en 2003, l’ex-numéro 3 mondiale (mai 2000), qui vit désormais au Pays basque, transmet son expérience du plus haut niveau aux jeunes pousses. Elle les accompagne lentement mais sûrement, construit pas à pas leur carrière, jusqu’à intégrer la WTA, le circuit professionnel.

Installée à Anglet, la finaliste de Wimbledon 1998 - qui a récemment reçu la médaille de bronze de la Fédération Française de Tennis - multiplie les allers-retours outre-Atlantique depuis quinze ans. Cette décennie et demie en tant qu’entraîneur de Tennis Canada a été ponctuée de séances entre le centre national d’entraînement de Montréal et le centre régional de Toronto.

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« J’ai un contrat de vingt-cinq semaines où je suis payée à la semaine, précisait-elle à “La Presse”, le média québécois en août 2025. Pour l’instant, ça fonctionne bien comme ça. Mais pourquoi pas, un jour, venir vivre à Montréal… »

Un rôle élargi

L’instance nationale espérait pouvoir accroître son rôle et sa présence au sein de l’organisation. « S’il y avait moyen de faire plus que vingt-cinq semaines, on serait à l’écoute, ça, c’est sûr », indiquait, toujours à “La Presse”, Guillaume Marx, vice-président en charge de la haute performance. Coach du groupe engagé en Billie Jean King Cup (ex-Fed Cup) et membre du team qui a remporté le titre en 2023, Nathalie Tauziat s’est finalement vue offrir un nouveau poste. Elle supervise désormais le développement des joueuses de toutes les catégories d’âge au sein du programme de la haute performance.

« Elle n’a pas hésité à prolonger son association avec une équipe au sein de laquelle elle se sent comme chez elle », indique Tennis Canada, sur son site Internet. Nathalie Tauziat a reçu la médaille de Bronze de la Fédération Française de Tennis, le 25 avril dernier.

Un coaching exigeant

Considérée par certains spécialistes comme une architecte et une stratège, la lauréate de huit titres en simple (dont l’Open de Bayonne en 1990), a formé de nombreuses jeunes de 14 à 18 ans. Elle a notamment débuté avec Eugénie Bouchard (2011-2013). « Quand j’ai commencé avec elle, elle était 450e mondiale, je l’ai amenée 35e. Après, elle a volé de ses propres ailes. » Elle a notamment glané Wimbledon juniors en 2012 avant de se hisser jusqu’en finale chez les seniors et au cinquième rang WTA en 2014.

Tauziat a ensuite enchaîné avec Aleksandra Wozniak (2014-2016) puis Bianca Andreescu (2015-2018). « De 200e ou 300e junior, je l’ai amenée dans le top 5 de la catégorie, rembobine-t-elle. Quand j’ai arrêté avec elle, elle avait intégré le top 100 WTA. » Derrière, à 19 ans, la native de Mississauga (banlieue de Toronto) a créé la sensation en dominant la légende Serena Williams en finale de l’US Open 2019. Grâce à cette victoire en Grand Chelem, elle est montée jusqu’à la quatrième place mondiale.

« J’ai eu la chance de bosser avec de bonnes joueuses, qui ont adhéré à mon système de travail. » Un coaching exigeant, qui s’appuie sur la rigueur tactique. « Il y a tout un travail physique et technique à mettre en place qui fait que la joueuse devient plus performante. Des programmations intelligentes à faire aussi », ajoute Tauziat, dont la longévité a longtemps impressionné.

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Le « projet Mboko »

L’an dernier, l’ex-membre du top 50 sans interruption de mars 1987 à décembre 2001 (seules les historiques Martina Navratilova et Chris Evert ont réalisé pareil exploit) a suivi de près la fulgurante progression et ascension de Victoria Mboko. Aux côtés de Tauziat, l’Américaine d’origine a appris à varier son jeu, à imposer sa personnalité sur le court. Elle s’est forgé un mental de fer.

« Quand on l’a récupérée (en novembre 2024, NDLR), on avait établi une programmation en fonction de son niveau. On est monté crescendo. Après une bonne période d’entraînement, nous étions parties sur un petit circuit en Martinique où elle avait pris énormément de confiance. Elle avait pratiquement gagné 24 matchs de suite de janvier à mars. Derrière, elle a reçu une wild-card pour le tournoi de Miami (WTA 1000). Au deuxième tour, elle avait accompli une très belle prestation contre Paula Badosa (tête de série n°10). » Une rencontre perdue à l’issue de trois sets serrés (5-7, 6-1, 6-7). Quatre mois plus tard, Mboko est de nouveau invitée. À Montréal, cette fois. Chez elle. Et va au bout, victorieuse face à l’ex-numéro 1 mondiale, Naomi Osaka. « On ne s’y attendait pas trop, se réjouit Tauziat. C’était la cerise sur le gâteau. »

Arrivée de nulle part, sa coach a dû la protéger au mieux d’une médiatisation soudaine. « On ne pensait pas que ça puisse aller aussi vite. Maintenant, il va falloir qu’elle digère tout cela. Ça va être une année de transition. Il faut qu’elle continue de travailler pour qu’elle puisse conserver un niveau de jeu intéressant et cohérent. Maintenant, je ne suis plus avec Vicky. Ce sont les gens autour d’elle, à commencer par son agent, qui gèrent. » La coopération entre les deux femmes a été stoppée d’un commun accord en février, après un an et demi couronné de succès. Aujourd’hui pensionnaire du top 10 WTA, Mboko « était classée 350e fin 2024 », rappelle Tauziat.

Nouveau cycle

Désormais, la technicienne s’apprête à repartir sur un nouveau cycle. À ce jour, elle écume les tournois juniors (Hanovre J200, Milan J500, Charleroi J300) aux côtés d’Avery Alexander, Andrea Cabio et Nadia Lagaev. Cette dernière, 24e mondiale U18 en janvier, disputera Roland-Garros juniors (31 mai-6 juin). « L’an prochain, je vais sûrement récupérer des joueuses plus jeunes pour les former pendant deux voire trois ans. » Et peut-être lancer, propulser, une nouvelle pépite canadienne vers un titre majeur.

Les différences entre les tennis canadien et français

« On a moins de moyens, ça c’est sûr, mais peut-être qu’on dépense mieux, glisse Nathalie Tauziat. On a ce qu’il faut : de bons préparateurs physiques et une politique qui fonctionne. On a également eu des filles qui étaient mentalement fortes. De ce côté-là, les Canadiennes sont peut-être plus performantes que les Françaises. Elles croient plus en elles. » À ce jour, la France compte quatre joueuses dans le top 100 mondial (dont Lois Boisson 50e), contre deux pour le Canada. En double, Gaby Dabrowski (6e) devance la tricolore Kristina Mladenovic (50e).