Dorian Delassus a connu l'équipe de France senior, les jeunes Léo Vuitton, Elouan Debliquy et Mathéo Senechault rêvent d'y entrer, lors de sélections impitoyablement dures, ces jours-ci à Pau puis à Vaires. Le stade d'eaux vives de Bizanos verra vendredi et samedi l'élite du kayak cross (KX) français se battre pour les places en équipe de France. Une seule chez les filles, deux chez les garçons, avant les mêmes épreuves un chouïa plus ouvertes en canoë et kayak slalom (C1, K1) la semaine prochaine sur le bassin olympique de Vaires-sur-Marne. Alors que le canoë-kayak regorge de grands talents, petit tour chez des jeunes qui rêvent de se faire une place aux côtés des médaillés olympiques Nicolas Gestin, Titouan Castryck et Angèle Hug.
Doriane Delassus : celle qui a déjà gagné sur le bassin des Jeux 2028
À 23 ans, la plus jeune de la fratrie Delassus (Anatole, 25 ans, et Marjorie, 28) sort de sa première année en équipe de France senior, couronnée de deux médailles de bronze en C1 au championnat d'Europe puis en finale de Coupe du monde. Elle a la particularité d'avoir gagné une compétition internationale test sur le bassin des JO 2028. En C1, elle devra batailler contre cinq ou six concurrentes, dont Angèle Hug, Lucie Prioux, sélectionnées l'an dernier, et sa sœur Marjorie, qu'elle avait devancée.
Ses objectifs
« Je vise la sélection en kayak cross, mais c'est dur puisqu'il n'y a qu'une place. Et aussi pour le slalom mais plus en canoë, qui est ma spécialité, qu'en kayak. Je sors de ma première saison en équipe de France senior, en 2025, très positive avec deux médailles en individuel. Je n'ai pas concrétisé dans d'autres étapes de Coupe du monde et aux Mondiaux 2025, mais j'ai progressé. Techniquement bien sûr, mentalement aussi, j'ai mieux géré le stress. »
Sa victoire au test olympique
« J'ai remporté, en avril, la compétition internationale sur le bassin olympique d'Oklahoma City, celui des Jeux de Los Angeles 2028. Ce que cela pèse ? C'était une compétition internationale donc il y avait beaucoup de coureurs, mais il est vrai qu'il manquait les Australiennes, les Britanniques, les Allemandes… C'était intéressant néanmoins, c'était la première compétition de l'année, on s'observe, on voit les progrès accomplis par les unes et les autres… »
Le site des JO
« Le site lui-même est bien, mais bon, moi, je ne suis pas difficile (rire) ! Le bassin est bien aussi, avec de bonnes structures. Mais comme dans les bassins modernes, les plots en plastiques sont mobiles. Le bassin va donc changer d'ici aux Mondiaux 2026 puis aux Jeux de Los Angeles, qui auront tous les deux le même bassin. »
Pour Léo Vuitton, le défi de réitérer en senior ses performances mondiales en U23
À 25 ans, Léo Vuitton n'a qu'un but : convertir en senior ses performances de top niveau en U23 (champion du monde K1 en 2023, 7e Mondial et 2e au championnat d'Europe 2024). Si sa petite sœur Emma, 22 ans, s'est, elle, déjà glissée en équipe de France senior, lui l'espère encore. Ce n'est pas passé en 2025, ce sera dur en 2026 avec deux places seulement derrière Titouan Castryck, sûr de sa place, et cinq ou six concurrents.
Objectifs
« Mon objectif est de me qualifier en équipe de France senior, en kayak, plutôt en slalom, car un cross je n'ai commencé que l'année dernière. À Pau, le but est de faire les meilleures courses possibles, d'exprimer mon potentiel à 100 %, on verra ensuite si je peux jouer devant. De plus en plus de concurrents sont spécialisés en cross, mais il y a quand même encore beaucoup de bateaux excellents dans les deux. »
La concurrence
« Le plateau s'est densifié ces dernières années, chez les hommes comme chez les femmes. Je le vois comme une opportunité : c'est une chance, un moteur d'être dans un tel collectif, il faut en tirer profit. Je dirais qu'on est huit pour deux places, cela va des petits jeunes comme Titouan Estanguet et Martin Cornu qui sont encore U23, à des très expérimentés comme Mathieu Biazizzo ou Benjamin Renia qui ont 30, 35 ans, une expérience de fou. »
Progression
« J'ai essayé d'être plus régulier parce que j'ai l'impression qu'il y a quelques années, je pouvais faire des coups d'éclat, des courses très rapides, mais j'avais du mal à le répéter, notamment sous enjeu. J'ai vraiment travaillé ça à l'entraînement et puis en compétition. »
Mathéo Senechault pour « montrer que je peux avoir ma place les années à venir »
Il aura 19 ans le 5 mai et s'aligne dans une catégorie incroyablement chargée. Mathéo a été champion du monde U18 de C1 par équipe en 2025 avec Martin Cornu et Titouan Estanguet, alors que son frère Yohann décrochait l'argent dans la même discipline mais en U23 avec deux autres frangins, les frères Elouan et Mewen Debliquy. Il ne fait pas le kayak cross, focalisé sur le C1 seulement pour son arrivée en U23.
« La transition U18-U23 est toujours un peu compliquée la première année. Donc je vise la sélection U23, je viens pour trouver mes repères, regarder les meilleurs, voir comment ils préparent ces courses décisives, et montrer que je peux avoir ma place les années à venir. »
« L'objectif d'être en senior est très dur à réaliser, comme dans aucun autre pays »
« La densité de la catégorie apporte plus de positif que de négatif. Oui, les places sont très chères, mais c'est parfait pour progresser, comme le fait d'avoir des fratries, en tout cas à mon avis. Être près de mon frère aîné, c'est cool, je cogite moins, j'apprends plus vite. En ce moment, il m'aide beaucoup sur la musculation, la programmation. Sur l'eau aussi c'est bien, on se tire vers le haut, on se donne des petits challenges », souligne-t-il.
En 2025, Elouan Debliquy n'était pas loin de la sélection senior, devancé par son frère Mewen
Même problématique pour ce spécialiste du C1, dont le frère Mewen était à la fois en équipe de France senior et, comme Elouan, U23 l'an passé.
Objectifs
« Mon objectif principal est la sélection en U23, l'objectif complémentaire étant celle en senior. La densité est énorme, il n'y a que deux places derrière Nicolas Gestin. Bon, ça ne va pas être facile mais je vais tout donner pour y arriver. Par rapport à d'autres concurrents étrangers, c'est vrai que les places sont chères. »
« L'année dernière, j'ai fait de très bonnes sélections en C1, en terminant 4e, alors qu'il fallait être parmi les trois premiers. Mon frère a terminé 2e, c'est lui qui m'a sorti sur sa dernière course. En U23, on a la chance d'avoir quand même un circuit jeune à côté si on veut. Mais c'est vrai que l'objectif, c'est vraiment les seniors et qu'il est très très dur à réaliser en France, comme dans aucun autre pays. »
Son style
« Il y a des styles différents, des profils dynamiques, d'autres plus puissants. L'école française est plutôt technique, une forte glisse. Par contre, tous les pagayeurs n'utilisent pas la glisse de la même façon. On ne rentre pas dans les figures de la même façon, on ne va pas prendre le même espace aux portes. Moi, je suis physiquement plutôt très léger, donc n'ayant pas le plus de force pure, je suis léger et dynamique, je pense. »



