Arthur Fils, 11e joueur mondial, aborde l'US Open avec un nouveau statut après son premier titre en Masters 1000 à Cincinnati, remporté la semaine dernière face à Frances Tiafoe. Deux jours après ce sacre, il a dominé Carlos Alcaraz 6-1 lors d'un set d'entraînement à Flushing Meadows, une performance anecdotique mais qui nourrit les discussions. Le Français, qui n'a jamais dépassé les huitièmes de finale en Grand Chelem, devra confirmer sur la scène new-yorkaise, où il sera particulièrement observé.
Un doublé Cincinnati-New York historique, mais un défi inédit pour Fils
La statistique circule depuis sa victoire dans l'Ohio : les trois derniers vainqueurs de Cincinnati se sont imposés dans la foulée à l'US Open. Carlos Alcaraz en 2025, Jannik Sinner en 2024 et Novak Djokovic en 2023 ont tous réalisé ce doublé. Mais ces trois joueurs avaient déjà remporté au moins un titre majeur avant d'y parvenir, ce qui n'est pas le cas d'Arthur Fils, dont le meilleur résultat en Grand Chelem reste un huitième de finale.
Malgré ce bémol, les légendes du tennis s'enthousiasment. Boris Becker fait du numéro 11 mondial « l'un des favoris pour l'US Open ». Kim Clijsters, dans son podcast, a déclaré : « Fils est un joueur qui apprécie l'énergie de New York. Je pense que l'ambiance de la ville, surtout le soir, peut l'aider à se surpasser. Donc, si je devais en choisir un, je miserais sur Fils. » L'enthousiasme général est aussi alimenté par le forfait de Sinner et la forme précaire d'Alcaraz.
Une progression remarquée dans tous les secteurs du jeu
La semaine victorieuse de Fils à Cincinnati a impressionné les observateurs. Arnaud Clément, consultant pour Eurosport, souligne : « Je ne crois pas qu'il y ait une évolution incroyable dans un secteur en particulier, mais il progresse un petit peu partout. Physiquement, ça lui permet d'être encore plus précis au niveau de son jeu de jambes, de tenir l'intensité encore plus longtemps. Au niveau du retour, c'est peut-être l'élément qui a évolué de manière un peu plus spectaculaire que dans les autres secteurs. Dans sa frappe de balle, il y a aussi une évolution très nette. »
Sarah Pitkowski, ancienne 29e joueuse mondiale et consultante pour RMC, a été marquée par la dimension défensive prise par le Français : « La manière dont il couvrait le terrain sur ce tournoi m'a marquée. En finale, Tiafoe l'amenait loin derrière la ligne et lui réussissait à tout ramener, je l'ai vu faire des grands écarts en coup droit, en revers, et redresser des situations délicates en contre-attaque. »
Un manque de rythme en Grand Chelem à combler
Reste à transposer ces qualités dans le format des trois sets gagnants. Cette année, Fils n'a joué que deux tournois du Grand Chelem : un deuxième tour à Wimbledon après sa blessure à la hanche contractée au printemps, et un deuxième tour à Roland-Garros. Au total, depuis sa première apparition Porte d'Auteuil, il ne s'est aligné que sur neuf tournois du Grand Chelem sur 15 possibles. L'US Open sera le dixième. À titre de comparaison, Carlos Alcaraz n'a pas manqué un seul de ses huit premiers majeurs en 2021 et 2022, et Jannik Sinner ratera à New York son premier Grand Chelem depuis 2019.
Sarah Pitkowski insiste : « Finalement, si on fait les comptes, il n'a pas encore beaucoup été testé dans ce qui est le must du tennis. Il faut qu'il puisse jouer ces matchs longs pour pouvoir franchir les étapes en Grand Chelem. » Elle ajoute : « Ce qui est antinomique avec Arthur, c'est qu'on voudrait le positionner en potentiel vainqueur de GC sur cet US Open. Il est 5e à la race en ayant raté deux tournois du Grand Chelem. C'est énorme. Sur son niveau de jeu intrinsèque, c'est un joueur qui peut chercher une finale de Grand Chelem, mais il n'a encore jamais dépassé la première semaine. L'objectif que doivent fixer les observateurs, c'est donc d'abord une seconde semaine, bien que le joueur et son staff soient très ambitieux. »
Un tableau relevé et une planification repensée
Arthur Fils arrive à New York avec une gestion de sa saison revue. Il a moins joué qu'au printemps, où il avait enchaîné les tournois de Barcelone (victoire), Madrid (demi-finale) et Rome, ce qui avait sans doute contribué à sa blessure. Arnaud Clément analyse : « La planification est primordiale dans une carrière. Mais d'un autre côté, si on s'arrête avant la limite, on ne la connaît pas. Ces blessures vont probablement beaucoup l'aider dans le futur pour sa planification avec son staff. »
Le joueur lui-même a tiré des leçons de cette période, comme il l'a confié dans les colonnes de L'Équipe : « J'ai compris pas mal de choses grâce à cette blessure. Mes proches m'ont encouragé à revenir plus fort, à envisager les matchs d'une manière un peu différente. Essayer d'être plus réfléchi, de faire les bons choix, de faire des sacrifices. De ne pas jouer comme un enfant, en fait. Et maintenant, on voit que ce travail porte ses fruits. »
Pour confirmer à l'US Open, Fils devra surmonter un tableau délicat. Au premier tour, il affrontera Stefanos Tsitsipás, un adversaire exigeant. Au troisième tour, Jiri Lehecka pourrait l'attendre, et pour un premier quart de finale en Grand Chelem, il devrait probablement battre son ami Ben Shelton, autre gros outsider. Ensuite, le chemin pourrait croiser Alcaraz, Djokovic et Zverev. Il faudra plus qu'une prophétie pour surmonter cette montagne, mais Fils a prouvé à Cincinnati qu'il a les armes pour rivaliser avec les meilleurs.



