Seize ans après sa fermeture en 2010, le théâtre Les Variétés, situé au 4, rue Guillaume Ponteil dans le quartier Saint-Roch à Toulon, n'a toujours pas rouvert ses portes. La Ville, propriétaire des lieux, évoque des contraintes de stationnement et de fonctionnement, tout en annonçant une possible consultation citoyenne. Les anciens occupants, comme René Raybaud et Frédéric Landini, témoignent d'un lieu chargé d'histoire, marqué par des concerts et des pièces de théâtre, mais dont l'avenir demeure incertain.
Un lieu chargé d'histoire et de fermetures successives
Construit à la fin du XIXe siècle, le bâtiment a d'abord abrité un cinéma de quartier de 422 places. Il a ensuite été transformé en salle polyvalente après son acquisition par la commune dans les années 60. Entre réunions et conférences, il a servi ponctuellement pour les épreuves du Code de la Route. Finalement fermée, squattée et dégradée, la salle a été réaménagée en 1998, avec 150 places assises et une estrade de 60 m².
C'est à cette époque que René Raybaud, directeur de la compagnie Théâtre Poquelin, aujourd'hui installée à La Seyne, entre en scène. « On a occupé les lieux pendant plus de dix ans », se souvient l'homme de 83 ans. « C'était super bonnard. On y a joué du Molière, du Feydau… J'avais même fait une soirée Léo Ferré pour emm… le Front national. »
Un départ forcé et des projets avortés
En 2010, la compagnie est priée de quitter les lieux, la Ville souhaitant ouvrir l'endroit à « d'autres modes d'expression ». René Raybaud, qui utilisait les planches à titre gracieux, dénonce une décision brutale : « Hubert Falco (l'ancien maire, Ndlr) et ses sbires m'ont dégagé (sic). On a dû partir à Sanary. Ils disaient vouloir se réapproprier les lieux, y faire des expos photos. Il n'y en a jamais eu ! Par contre, ils ont organisé un festival techno qui a poussé les riverains à faire une pétition ! »
Le festival en question, le Midi Festival, était en réalité consacré à la pop aventureuse et aux musiques émergentes, imaginé par Frédéric Landini. « On a fait quelques jolies dates là-bas », confirme le Toulonnais, citant Young Michelin, Ariel Pink ou les « mocos » d'Hifiklub. L'établissement, un temps baptisé théâtre Arts et culture, retrouve son nom originel, Les Variétés. Une nouvelle toiture est installée et la jauge portée à 250 places. Des concerts de rock y sont organisés, parfois jusqu'à l'aube. « On y a tourné un clip de notre groupe Get Back Guinozzi ! à 5h du mat', juste avant de partir en tournée », se rappelle le musicien.
Un lieu « extraordinaire » mais aux normes obsolètes
Frédéric Landini garde un souvenir ému de cette période : « La salle n'était pas chauffée, l'acoustique était à refaire mais elle avait une âme. Il y avait deux appartements en haut qui nous servaient de loge. On sentait la richesse de son histoire. C'était un lieu extraordinaire. » L'aventure s'arrête avec le set de Yussuf Jerusalem, le samedi 11 décembre 2010. « C'était mal insonorisé. Je crois qu'il y avait eu un problème avec le voisinage », présume-t-il.
La Ville change alors de stratégie et nourrit le dessein de vendre les murs. En 2018, Hubert Falco évoque un « bâtiment dans un état de délabrement extrême : si vous voulez le voir, je vous conseille de porter un casque ! » Pour une raison inconnue, l'opération immobilière n'aura pas lieu. Depuis, plus rien. Aujourd'hui, Alain, un riverain, estime : « On ne peut rien y faire, la salle n'est plus aux normes. » Maria Perrin, présidente du Comité d'intérêt local (CIL), souhaite une réouverture : « Pour le quartier, ça serait bien qu'elle puisse rouvrir », tout en pointant le manque de places de parking. Un faux problème pour Fred Landini : « On est à 15 minutes à pied du centre-ville. »
Une consultation citoyenne en perspective
La Ville, interrogée, répond que « le fonctionnement de la salle pose des contraintes pour les riverains comme pour les usagers », mais annonce qu'« une consultation citoyenne pourra être organisée prochainement dans le cadre des conseils de secteur » pour décider de la suite. Fred Landini, lui, aurait aimé que la petite scène reste active, « pourquoi pas avec des horaires moins tardifs ». Il se souvient d'un dernier projet avorté : « En 2010, on avait failli faire venir The XX aux Variétés. » Le groupe de rock anglais, alors en pleine ascension, avait demandé au dernier moment à être programmé à l'Omega live, trois fois plus grand. « On m'en parle encore, soupire-t-il. Finalement, le meilleur concert là-bas, c'est celui qui n'y a jamais eu lieu. »



