Selon une note conjointe de la Fondation Jean-Jaurès et de la Fondation April intitulée « Corps et réseaux sociaux : la fabrique ordinaire du mal-être », une majorité de jeunes estiment subir l’influence néfaste des réseaux sociaux sur la perception de leur corps. Le philosophe Benoît Heilbrunn décrypte ce phénomène.
Des contenus extrêmes aux vidéos anodines
Fin juin, l’Américain Braden Eric Peters, 20 ans, connu sous le nom de Clavicular, s’est filmé dans les rues de Paris abordant des femmes qui l’ont toutes éconduit. Adepte du looksmaxxing (« maximisation de l’apparence »), cet influenceur masculiniste a notamment encensé le bone-smashing, une pratique consistant à se frapper la mâchoire et les pommettes avec un marteau pour les rendre plus masculines.
Si ces contenus extrêmes présentent des risques évidents pour la santé, l’exposition répétée à des vidéos plus anodines – tutoriels de cuisine diététique, maquillage, routines de sport – est tout aussi problématique, selon la Fondation Jean-Jaurès. Un sondage Ifop révèle que 65 % des hommes de 18 à 24 ans ont intensifié leur pratique sportive ou musculaire après avoir consulté des réseaux sociaux.
La quête de la « meilleure version de soi-même »
Benoît Heilbrunn explique que cette quête perpétuelle de perfection, encouragée par les algorithmes, pousse les jeunes à se comparer sans cesse à des idéaux inaccessibles. « Les réseaux sociaux créent une injonction à s’améliorer constamment, ce qui génère anxiété et insatisfaction corporelle », déclare-t-il. Les jeunes sont ainsi piégés dans une spirale où ils cherchent à atteindre une « meilleure version d’eux-mêmes » dictée par des standards irréalistes.
Un impact sur la santé mentale
La note souligne que cette pression a des conséquences directes sur la santé mentale : troubles alimentaires, anxiété, dépression. Les jeunes filles sont particulièrement touchées, mais les garçons ne sont pas épargnés, notamment avec la montée des pratiques comme le bodybuilding ou les régimes extrêmes. « Le corps devient un projet à perfectionner, ce qui éloigne de l’acceptation de soi », ajoute Heilbrunn.
Des pistes pour contrer cette influence
Les fondations recommandent une éducation aux médias dès le plus jeune âge, ainsi qu’une régulation plus stricte des contenus promouvant des idéaux corporels dangereux. Elles appellent également les plateformes à repenser leurs algorithmes pour limiter la diffusion de ces contenus nocifs. « Il est urgent de déconstruire ce mythe de la perfection pour préserver la santé des jeunes », conclut Benoît Heilbrunn.



