C'est sa première reading party. Chignon de danseuse et chemise à carreaux de travailleur, en l'occurrence de travailleuse habituée à charrier des cartons de livres, Pauline Bonaventure ouvre, en ce soir de mai, les portes de sa librairie Monocle, à Pontrieux (Côtes-d'Armor), pour un moment particulier, inspiré d'un phénomène venu d'Amérique qui commence à prendre de l'ampleur.
Le principe des reading parties
Le principe des reading parties – ou « soirées lecture » – est simple. Se retrouver pour lire, dans une même pièce, avec un sort particulier réservé à l'ennemi public numéro un de la lecture : le smartphone. On l'éteint pour deux ou trois heures, soit l'éternité pour quelques-uns. Selon une étude du Centre national du Livre (CNL) de 2025, les jeunes gens lisent dix-huit minutes par jour en moyenne, contre plus de deux heures passées sur les écrans.
Dans des cafés, des librairies, des musées, des gens se réunissent pour des sessions de lecture collective. Un temps suspendu, sans portable, pour retrouver le goût de lire. « Il n'y a plus le bruit de toutes les notifications », témoigne une participante parisienne. L'expérience, née aux États-Unis sous le nom de silent reading parties, séduit de plus en plus de Français en quête de déconnexion.
Un phénomène en expansion
À Paris, le bar-restaurant La Bonbonnière, dans le 5e arrondissement, accueille régulièrement ces événements organisés par The Offline Club. Les participants viennent avec leur propre livre, s'installent confortablement et lisent en silence pendant deux heures, avant un temps d'échange facultatif. « C'est comme une méditation collective, mais avec des histoires », résume un habitué.
En province, l'initiative gagne aussi du terrain. À Pontrieux, Pauline Bonaventure a voulu recréer cette ambiance dans sa librairie Monocle. « Les gens ont besoin de moments calmes, de partage sans écran. La lecture est une activité solitaire, mais la faire ensemble crée une communauté », explique-t-elle. La soirée a attiré une quinzaine de personnes, de tous âges.
Les reading parties répondent à une préoccupation croissante sur l'impact des smartphones sur la concentration et la lecture. Selon une enquête récente, 70 % des Français estiment que leur temps d'écran nuit à leur capacité à lire des livres. Ces rencontres offrent une alternative concrète, un espace protégé où le livre reprend ses droits.
Pour l'instant, le phénomène reste confidentiel mais promet de s'étendre. Des librairies et des cafés dans plusieurs grandes villes françaises commencent à organiser leurs propres soirées lecture. Un retour aux sources, loin des notifications et du bruit numérique.



