Puppy play : Tomy, recruteur le jour, se transforme en chiot
Puppy play : Tomy, recruteur le jour, chiot la nuit

Tomy mène une double vie. La semaine, ce jeune homme de 31 ans travaille dans le recrutement. Mais dès qu'il quitte son rôle professionnel, il enfile une « hood » – une cagoule ornée d'un museau et d'oreilles –, des mitaines, un harnais et parfois une chaîne autour du cou. Il est alors un « puppy », un chiot humain, une pratique issue du BDSM. Pour lui, il ne s'agit pas d'un déguisement.

« En puppy, on habite pleinement le personnage que l'on tente de cacher lorsqu'il faut endosser son rôle d'humain », confie Tomy. Celui qui s'est « toujours défini comme hétérosexuel à ce jour » reste néanmoins « curieux envers les autres et leurs pratiques ». Cette immersion canine lui permet avant tout de « lâcher prise et de retrouver l'innocence que l'on peut perdre en grandissant, sous prétexte de devoir ressembler aux standards de la société ».

Une transformation intégrale

Lorsqu'il se glisse dans la peau d'un chiot, Tomy ne se contente pas d'en porter les attributs. Il mange ses repas dans une gamelle, se déplace exclusivement à quatre pattes et délaisse le langage parlé. « Tout passe par le non verbal, la gestuelle, le regard, mais aussi les gémissements, grognements et aboiements. Selon l'intensité et l'intonation qu'on y met, on fait très bien passer le message », explique-t-il.

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Cette pratique, il la découvre en 2019, lors d'un déplacement professionnel à Paris. Déjà adepte du BDSM, il profite de son séjour pour explorer la communauté fétichiste. « Je réside à la campagne où il est plus difficile de rencontrer des personnes partageant les mêmes kinks [pratiques sexuelles hors normes] », regrette-t-il. Le week-end du Paris Fetish tombe à ce moment-là, et Tomy, alors très timide, s'y rend sans connaître personne.

L'accueil de la meute

« J'ai mis ma hood, je me suis positionné à quatre pattes et je suis resté dans un coin, un peu isolé, pour observer », se remémore-t-il, sept ans plus tard. Autour de lui, un handler guide un puppy, plus loin, des chiots humains s'ébattent dans une piscine à balles. Tomy n'ose pas faire le premier pas. Soudain, une balle roule contre sa « patoune ». « Un pup' venait de me lancer une balle très doucement. Je l'ai renvoyé timidement, puis de fil en aiguille, nous nous sommes fait des passes, ce qui a donné lieu à une rencontre, puis à d'autres rencontres », raconte-t-il.

En quelques minutes, la glace est rompue. « La timidité a vite disparu et je me suis moi-même mis à chahuter, très heureux de ce moment, loin des tracas de la vie », poursuit-il. Depuis, Tomy s'est forgé un « caractère à la fois très gentil mais très fier ». Côté tenue, tout est possible : « Puppy latex, puppy cuir, puppy néoprène, avec patounes ou non, avec harnais ou non, il est possible de mélanger plusieurs fétichismes », précise le trentenaire.

Hiérarchie et « puppy libre »

Organisés en « meutes », les puppies appliquent une hiérarchie propre. « Les alphas, qui sont les aînés, vont diriger la meute sous les ordres du handler. Les bêtas font la jonction entre les alphas et le reste de la meute. Et en dernière position : l'oméga, qui est souvent le petit dernier ou le plus dépendant. En bout de chaîne, on peut retrouver les pouics-pouics, souvent les souffre-douleur, même si le chambrage reste bienveillant », décrit Tomy. Lui-même se définit comme un « puppy libre » : il n'appartient à aucune meute.

Cette passion, le recruteur l'a partagée avec ses proches. « J'ai la chance d'avoir affaire à des personnes compréhensives et ouvertes d'esprit. Je ne dirais pas qu'ils comprennent la démarche, mais ils la respectent et c'est ce qui importe », se réjouit-il.

Une pratique avant tout relationnelle

Contrairement à une idée répandue, le puppy play n'a, selon Tomy, « rien de sexuel ». Une comparaison lui permet d'expliquer sa vision : « Le BDSM c'est comme un gâteau et le sexe c'est la cerise sur le gâteau. Cela peut donner plus de goût, mais on peut s'en passer sans souci. » L'intérêt principal de cette pratique réside dans sa dimension sociale et égalitaire.

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« Cela permet de passer outre les barrières sociales et donc d'avoir des relations libérées. Lorsque l'on se retrouve, il n'y a plus de dirigeant d'entreprise, d'informaticien ou d'éboueur. Juste des puppies. Tout le monde se retrouve au même niveau et c'est ça qui est formidable », conclut Tomy.