Pourquoi les frères Lebrun sont-ils si populaires? Un sociologue décrypte
Pourquoi les frères Lebrun sont-ils si populaires?

Pourquoi Alexis et Félix Lebrun sont-ils si populaires ?

Ancien membre du laboratoire de sociologie du sport de l’Insep et chroniqueur pour le Nouvel Obs, Seghir Lazri décrypte pour Midi Libre les raisons profondes de la popularité d’Alexis et Félix Lebrun, et l’imaginaire collectif auquel la réussite des Montpelliérains nous renvoie.

Une popularité ancrée dans le tennis de table

Seghir Lazri explique que cette phénoménale popularité des frères Lebrun s’explique d’abord par l’ancrage social du tennis de table en France. Ce sport, issu du loisir, s’est bien implanté dans le milieu scolaire et le sport loisir. Ce qui est particulier chez les Lebrun, c’est leur grande jeunesse. Ils incarnent une société du talent, l’idée que des promesses vont émerger : promesses d’un récit, d’une ascension et de rivalités à double niveau.

Un double récit captivant

Selon le sociologue, il y a d’abord une rivalité entre la France et la Chine à l’international, puis le récit d’une rivalité intrinsèque entre deux frères, un spectacle dans le spectacle. Cela alimente un double récit, capte l’attention et permet aux médias de capitaliser dessus. C’est une compétition de l’intime. Ils viennent du même milieu, héritiers d’un père et d’un oncle eux-mêmes anciens joueurs. Tout le monde autour d’eux baigne dans le tennis de table. Il y a cette notion de fratrie.

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Lazri souligne qu’un talent est une construction sociale, mais le sport tend à invisibiliser cela. On ne sait pas lequel des deux prendra le leadership sur la durée, mais c’est la promesse d’un récit assez riche. Il y a un paradoxe entre leur univers très bien réglé, où rien n’est laissé au hasard, et la folie du sport incarnée par leur rivalité. Une forme de romantisme à travers l’idée que quelque chose leur échappe.

L’image de la classe moyenne supérieure

Les frères Lebrun détonnent par leur look d’ingénieurs, un très haut degré de précision. Ils véhiculent un imaginaire de personnes socialement très bien intégrées. On ne peut pas les identifier à une ville, mais plutôt à un endroit, une zone pavillonnaire blanche avec un garage et une table de ping-pong. C’est l’univers de la classe moyenne socialement supérieure qui performe dans son milieu.

Ils affichent aussi une forme de simplicité et de détachement vis-à-vis du sport spectacle, loin de la mise en scène de soi sur les réseaux. Ils ne sont pas dans l’économie de la lisibilité, contrairement aux grandes stars du foot ou du tennis qui promeuvent de nombreuses marques. Ils véhiculent un confort qui n’est pas bouleversé par le sport de haut niveau, bénéficiant d’un sport populaire et commun.

La naissance du coup de foudre entre public et champion

Pour Lazri, il faut la construction d’un récit. Dans l’élan olympique de Paris, il y a eu la recherche d’athlètes sur lesquels s’identifier et toute une construction narrative. Le tennis de table a une puissance symbolique importante. La jeunesse est un élément clé, associée à la notion de talent prometteur. Auraient-ils eu le même succès s’ils avaient percé à 28 et 30 ans ? Le sociologue n’en est pas convaincu.

Une popularité qui pourrait s’essouffler ?

Potentiellement oui, mais ils sont dans un régime où on va toujours chercher les nouveaux frères Lebrun. C’est le reflet d’une société de talent qu’on retrouve dans le marché du travail et dans les industries de la tech : l’idée d’aller chercher le talent, l’entrepreneur, celui qui va amener la révolution. Avec les frères Lebrun, on est dans le registre de la promesse assurée. On ne se demande pas s’ils vont gagner, mais ce qu’ils vont nous faire gagner. Mbappé est l’incarnation ultime de cette configuration.

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